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Ordre Infirmier : quelle est la volonté des infirmières et infirmiers ?
Ces
derniers mois les discussions au sein des associations et syndicats
infirmiers s’animaient autour de la création d’un Ordre Infirmier.
Ce débat est loin d’occuper l’esprit des infirmières de terrain, qui
trop accaparées par leur travail quotidien ne trouvent pas de temps
pour réfléchir sur la création d’une telle structure.
Pour
autant cette question ne laisse pas indifférent et suscite un intérêt
parmi les professionnels. Il reste à savoir si une majorité de
professionnels soutient un tel projet et si la Profession dans son
ensemble est prête à investir une structure ordinale pour y développer
son autonomie.
Les Infirmières veulent-elles d’un Ordre Infirmier ?
Si vous posez cette question aux infirmières, 92% d’entre elles vous
répondent par l’affirmative, sans d’ailleurs qu’elles sachent vraiment
ce que contient un ordre. À cette écrasante majorité s’opposent la
réponse par la négative de l’ensemble des confédérations syndicales (à
l’exception de la CFE-CGC et du SNCH).
Nous pourrions nous contenter de ce sondage pour dire les infirmières veulent un ordre, donnons-leur.
La Coordination Nationale Infirmière (CNI)
depuis plusieurs années participe avec d’autres professionnels à cette
réflexion sur l’ordre infirmier. Certes les infirmières veulent un ordre, mais
pourquoi, qu’attendent-elle d’une telle structure, savent-elles
réellement ce que cela signifie ? Que mettent-elles dans un ordre infirmier ?
La réponse la plus fréquente se recentre autour d’une volonté de voir
la Profession Infirmière mieux représentée au niveau national. Les
infirmières dans leur grande majorité ne se reconnaissent pas dans les
structures existantes. C’est surtout vrai pour les organisations
syndicales traditionnelles et l’on peut légitimement s’offusquer de
voir que celles-ci occupent une place prépondérante dans ce débat,
alors qu’elles représentent dans la réalité si peu d’infirmières.
La Coordination Nationale Infirmière (CNI),
syndicat professionnel rappelle à ce sujet que compte tenu des
effectifs que chaque organisation affiche, aucune d’entre-elles peu
s’octroyer un monopôle dans la représentation des infirmières. C’est
entre autres sur ce constat que la CNI a fait évoluer sa position par
rapport à la création d’un ordre Infirmier, dans la mesure où son but
premier est de rassembler les infirmières.
Pourquoi jusqu’alors a-t-on refusé aux 450.000 infirmières d’avoir un Ordre Infirmier ?
Alors que la Profession d’Infirmières constitue la plus grande cohorte
parmi les professions para-médicale et médicale avec 450.000
professionnels en exercice, force est de constater que cette importance
numérique ne se traduit pas en matière d’influence dans le paysage
sanitaire français. Souvent à l’écart des grands événements sociaux
historiques et des mouvements syndicaux traditionnels, les infirmières
ont souvent subi les aléas des politiques de santé successives, faute
d’une puissance fédératrice. Pourtant le corps infirmier a su montrer à
plusieurs reprises, sa capacité à se rassembler lors de mouvements
infirmiers suffisamment forts pour faire entendre sa voix auprès des
pouvoirs publics. La Coordination Nationale Infirmière (CNI),
à l’origine des mouvements de 1988 et 1991 a pu mesurer la force de
cet engagement infirmier qui s’est surtout attaché à défendre des
professionnels.
Quant à la défense de la Profession, le corps infirmier bien que
favorable à la création d’un ordre n’a jamais pris jusqu’alors
l’initiative suffisamment consensuelle et forte pour concrétiser sa
réalisation, d’autant qu’il a toujours trouvé l’opposition des
organisations syndicales pour barrer cette voie.
En effet, les organisations syndicales traditionnelles attachées à
leurs avantages ont toujours combattu la constitution d’un ordre
infirmier, dans la mesure où à leurs yeux, ce rassemblement de toutes
les infirmières deviendrait une force concurrente. Ce combat est
d’autant plus tenace qu’ils savent que la majorité des infirmières ne
se reconnaissent pas dans le modèle syndical.
Derrière les arguments des
syndicats traditionnels, une seule stratégie... Empêcher le
rassemblement de la Profession Infirmière.
Pour beaucoup d’infirmières chez qui la notion de corps est fort, un
ordre pourrait concrétiser leur envie de rassemblement et de défense de
la Profession. Avec seulement 4% d’infirmières syndiquées, il est
évident que les syndicats traditionnels ne constituent pas le modèle
attendu en matière de représentation de la Profession d’Infirmière.
Les confédérations qui n’ignorent pas ce déficit à leur égard, tentent
par tous les moyens de repousser ce rassemblement. Pour preuve en 1988
alors que 100.000 infirmières manifestaient sous la banderole de la
Coordination, ils ont empêché que celles-ci négocient avec le Ministre.
Plus tard, alors que la Coordination Nationale Infirmière (CNI)
se présentait aux élections professionnelles, ils ont fait changer le
mode de scrutin pour que la CNI n’obtienne pas la représentativité
nationale.
Cette stratégie s’appuie d’abord sur la crainte de voir leurs
prérogatives limitées par la création d’un ordre ou une structure
nationale infirmière. Mais
quand on étudie les missions des ordres et celles des syndicats on
s’aperçoit que leur champ d’action est différent, voire complémentaire (voir tableau rôle des syndicats et des ordres).
Bien évidemment dans cette crainte de la perte de pouvoir, les
confédérations dressent une vision totalement négative des ordres avec
des arguments très caricaturaux.
Ainsi, ils font le constat que historiquement, les ordres concernent
essentiellement des professionnels qui exerçent dans le libéral.
(médecins, kinésithérapeutes, sage-femmes…) et qu’à ce titre les
infirmières occupant 86% du secteur salarié n’ont pas besoin d’ordre.
Ainsi ils justifieraient de l’existence d’un ordre uniquement dans le
secteur libéral.
Ce qui équivaut à dire que seuls les professionnels exerçant en libéral
auraient à définir, concevoir et élaborer l’éthique professionnelle,
Ils serait également les seuls à y répondre. L’ordre serait donc bon
pour l’infirmière libérale et mauvais pour l’infirmière salariée.
L’argument semble bien juste, il révèle surtout l’envie de préserver un
territoire d’influence le secteur public où les syndicats sont présents.
Par ailleurs ils mettent en avant l’existence du CSPPM (Conseil
Supérieur des Professions Para-médicales) comme instance suffisante.
Mais il est difficile de considérer ce CSPPM comme un organe
représentatif et influent de la Profession car celui-ci n’a aucun
pouvoir et Il sert uniquement de bureau d’enregistrement des textes
proposés par le ministère.
D’autre
part le mode de désignation des membres du CSPPM ne relève pas d’un
processus démocratique. Les infirmières qui y siègent sont désignées
par les syndicats traditionnels et les pouvoirs publics. À titre
indicatif les représentants des ordres sont élus par les
professionnels.
Proposer de conserver le CSPPM équivaut à prôner l’immobilisme et le
conservatisme. Le plus étonnant et cocasse, c’est que dans le même
temps, les syndicats traditionnels présentent les ordres comme ayant
une image de replis et une vision conservatrice. Bref ne toucher pas à
notre monopôle, surtout dans le domaine du conservatisme.
Quant à la cotisation obligatoire qui sera demandée, elle est
normalement prévue pour apporter à la structure l’autonomie de gestion
et l’indépendance, garantissant aux infirmières la liberté de penser,
d’élaborer et de proposer.
Pour les confédérations, cette cotisation est ramenée à une taxe
acquittée pour avoir le droit de travailler. Ils oublient de mentionner
qu’eux-mêmes bénéficient de nombreuses subventions et avantages qui
assurent la majeure partie de leur fonctionnement.
Une Structure Nationale pour que la Profession Infirmière prenne sa place dans la Politique de Santé Publique.
Pendant plusieurs années, la Coordination Nationale Infirmière (CNI)
a fait partie des opposants à l’ordre avec certains des arguments déjà
évoqués. Cette opposition s’inscrivait surtout dans la forme à donner à
une telle structure nationale infirmière. Elle refusait la mise en
place d’une structure formatée par les pouvoirs publics uniquement
orienté vers l’aspect réglementaire et répresseur d’un ordre.
Depuis deux ans, notre réflexion a évolué notamment au contact d’autres
associations et syndicats infirmiers mais elle a surtout évolué au
regard des perspectives de Santé Publique où manifestement les
infirmières se trouvent écartées des décisions. Pour preuve la réforme
dite Hôpital 2007 avec la nouvelle gouvernance où le corps infirmier se
trouve exclu du Conseil exécutif des hôpitaux. Autre exemple, l’affaire
des aides-opératoires du secteur privé que les pouvoirs publics
autorisent à exercer alors que l’exercice illégal de la profession
d’infirmière est manifeste.
Parallèlement à ces constats, nous nous sommes engagés dans un travail
d’élaboration d’un projet d’Ordre Infirmier avec des associations, des
syndicats et des professionnels infirmiers. Pour la Coordination
Nationale Infirmière (CNI), il s’agit de faire aboutir un projet qui
dégage un certain consensus professionnel et qui soit novateur tout en
respectant la pluralité de la profession.
Sur le texte lui-même, les organisations infirmières veulent un ordre
où toutes les infirmières soient représentées en fonction des grades,
des spécialités, des spécificités et des secteurs. La Coordination Nationale Infirmière (CNI)
a défendu l’idée de développer la notion de professionnels experts
auprès des tribunaux. Une proposition de loi allant dans ce sens à été
présenté par Jean-Luc PREEL au Parlement le 26 janvier 2006 mais
celle-ci n’a pas été votée par les députés qui voulaient favoriser une
autre proposition.
Parallèlement le Ministre de la Santé M. Xavier BERTRAND a chargé M.
Edouard COUTY d’une mission de concertation et de médiation concernant
le projet de création d’un ordre infirmier.
Dans son rapport Edouard, COUTY prône la création simultanée d’une
structure professionnelle pour les infirmiers et d’une structure
interprofessionnelle (le Haut Conseil des Professions Paramédicales)
qui entraînerait la suppression de l’actuel Conseil Supérieur des
Professions Paramédicales.
Depuis la remise du rapport de M. COUTY au Ministre de la Santé, une
autre proposition de loi votée depuis a vu le jour. Celle-ci élaborée
par les députés BRIIOT et MALLIE reprend les travaux du collectif dit
ST Anne et des syndicats d’infirmières libérales. Ce projet se
différentie du premier par une structuration à 3 étages (départemental,
régional, national) que les infirmiers libéraux justifient uniquement
pour régler et valider les contrats entre professionnels. Instaurer un
niveau départemental uniquement pour cette motivation, nous semble
exagéré, ce type de problème ne nécessite pas la permanence d’une
structure, une antenne réunie 1 à 2 fois pas semaine devrait suffire.
L’exercice libéral représentant que 15% des professionnels, il nous
paraît cohérent de construire une structure qui s’appuie sur les
besoins de la majorité des professionnels, c’est-à-dire les infirmières
salariées.
Un engagement pour un projet novateur et consensuel.
La Coordination Nationale Infirmière (CNI)
qui s’est engagée dans ce processus de création d’une structure
infirmière a soutenu ce projet jusqu’à sa concrétisation légale le 13
juin 2006. Toutefois elle tient à faire savoir qu’elle s’écartera de
toute structure qui au final ne serait pas le reflet d’un consensus
professionnel. Elle dénonce par avance toute tentative de mise en place
d’un projet partisan, voire politique qui viserait à privilégier
certains professionnels au détriment d’autre.
L’ordre infirmier où la Structure Nationale Infirmière doit être un
organe géré par les infirmières au service des infirmières. Il ne
serait être un instrument de pouvoirs pour quelques infirmières. Aux
infirmiers et aux infirmières de s’emparer de cet outil pour le
façonner à leur idée.
Nature juridique des Ordres
La personnalité morale
L’ordre par lui-même n’a pas d’existence juridique, seuls les Conseils
de l’ordre sont dotés de la personnalité civile (art L.457 et L.546 du
CSP).
Ils constituent des centres autonomes d’activité juridique leur
permettant d’ester en justice, de contracter, d’accepter des dons et
legs, d’acquérir, ou aliéner des biens meubles et immeubles. Ils sont
civilement responsables de leurs actes.
Les conseils sont des personnes morales de droit privé
Le Conseil d’État tout en reconnaissant que les Conseils de l’ordre
concourent au fonctionnement d’un service public (l’organisation et le
contrôle de l’exercice d’une profession) ils ne sont pas des
établissements publics.
Les Conseils de l’ordre disposent de prérogatives de puissance publique
en particulier du pouvoir de prélever des cotisations obligatoires sur
les membres de l’ordre. La décision des conseils nationaux fixant le
montant est un acte administratif dont le juge administratif peut
apprécier la légalité.
Structure des Ordres
Bien que tous les ordres ne sont pas structurés de la même façon, leur
organisation interne s’appuie sur des principes communs de type
pyramidal.
Classiquement ils se déclinent en Conseils départementaux et régionaux
et un Conseil national. Toutefois certains sont organisés en diverses
sections permettant la représentation de différents exercices (Ex le
Conseil de l’ordre des Pharmaciens).
Attributions des Ordres
• Attributions à portée générale
Les ordres collaborent à l’édition de règles relatives à l’exercice de la profession.
Ils disposent d’un pouvoir réglementaire accordé par la loi. L’étendue de ce pouvoir est appréciée par le juge.
Le Conseil national prépare le code de déontologie de la profession qui est pris par décret en Conseil d’État
Les ordres sont amenés à prendre positions sur les problèmes de la
profession (ex euthanasie, secret médical, réforme de la profession,
etc...).
Ils peuvent faire des recommandations ou étudier des questions soumises par les ministres.
Ils créent ou soutiennent les œuvres d’entraide, d’assistance et de retraite de la profession.
• Attribution à portée individuelle
Chaque professionnel doit être inscrit au tableau de l’ordre avec bien
sur des conditions d’inscription (nationalité ou membre de la
Communauté Européenne, diplôme, garanties de moralité et
d’indépendance).
Toute non-inscription constituerait un délit d’exercice illégal.
Les ordres reconnaissent les titres, fonctions, qualifications ou
spécialités dont peuvent se prévaloir les membres de la profession. Ils
ont droit de regard sur les contrats relatifs à l’exercice de la
profession. Ils interviennent dans les différents professionnels.
Il peuvent prononcer des suspensions temporaires du droit d’exercer en
cas d’infirmité ou d’état pathologique rendant dangereux l’exercice.
La responsabilité des conseils de l’ordre peut être engagées en cas de fautes dans l’exercice de leurs attributions.
• Attributions disciplinaires
Les ordres constituent une juridiction administrative indépendante de
toute autre poursuite. L’action disciplinaire des ordres ne fait pas
obstacle aux poursuites du ministère public ou des particuliers, des
actions civiles ou des actions disciplinaires des administrations.
Le Conseil régional constitue la juridiction de première instance,
alors que le Conseil national rend l’appel possible. Un ultime recours
en cassation étant envisageable devant le Conseil d’État.
Ordre Infirmier et Syndicats
L’opposition
des syndicats traditionnels à la création d’une structure ordinale
s’appuie sur la peur de voir une partie de leurs prérogatives
attribuées à un ordre infirmier. Cette crainte n’est pas justifiée car
le champ d’action d’un ordre est différent de celui du syndicat.
Vous pouvez constater dans le tableau ci-dessous que les missions des
uns et des autres sont distinctes. Toutefois rien n’empêche un syndicat
de parler éthique, déontologie ou formation professionnelle même si ces
thèmes sont dévolus à l’ordre.
| ORDRE |
SYNDICAT |
| Conception, rédaction et mise à jour du code de déontologie |
Défense du professionnel dans son exercice : condition de travail, salaire, statut... |
| Régulation démographique |
Force
d’expression et de pression, porte-parole des revendications et
mécontentements des professionnels (utilisation du droit de grève,
négociations…) |
Organisation, évolution et adaptation de la formation initiale et continue
|
Information des professionnels sur les textes réglementant les modes organisationnels des établissements de santé |
| Rôle disciplinaire s’appuyant sur le code et les références de bonnes pratiques |
Diffusion des informations concernant l’évolution des conditions de travail
|
Élaboration du référentiel métier et du référentiel des compétences
|
Négociation et signature des conventions |
| Rôle d’audits et de recommandations |
Établissement de liens et rencontres avec les autres syndicats (pluri-catégoriels) |
| Réglementation des modalités d’accès à l’exercice professionnel. |
Réflexions et avis sur les orientations de la politique de santé |
| Les pouvoirs publics le consultent sur les orientations de la politique de santé |
Informations auprès des professionnels |
| Il statut sur tout projet relatif à la nature de l’exercice professionnel |
Organisation et participation à des manifestations communes |
| Il assure l’indépendance de la profession |
|
Les organisations pour l’ordre ou une Structure Nationale Infirmière
Associations Infirmières : AEEIBO, AFET, AFIDTN, APPI, APOIIF,
AFDS, ANFIIDE, ANPDE, CEEIADE, CEFIEC, CEFI, FNESI, GERAFAS, GIPSI,
UNAIBODE, UNASIIF, REPSA.
Syndicats Infirmiers : Coordination Nationale Infirmière, Convergence Infirmière, FNI, ONSIL, SNIIL, SNPI-CFE-CGC.
Syndicat : SNCH.
Les organisations contre l’ordre et pour le maintien du CSPPM
Confédérations syndicales : CFDT, CFTC, CGT, FO, SUD, UNSA.
Pierre BERTAUD
CNI Poitiers (Coordination Nationale Infirmière)
Article paru dans le n° 23 (juin 2006) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)
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