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Les conditions de travail des infirmières en France
Depuis
plusieurs mois, un climat de " grogne" est perceptible chez les
infirmières et ce, quelque soit leur secteur d’activité.
Découragement et désillusions se bousculent :
" je n’en peux plus, c’est trop dur : j’abandonne… "
Au delà des mots et des maux, le constat :
• durée de vie professionnelle moyenne d’une infirmière = 12 ans
• 20 à 25% des étudiants en Soins Infirmiers abandonnent leur formation.
Etiologie du malaise
Historiquement peu revendicative, la profession infirmière a vu son
salaire de base stagner et peu à peu rattrapé par celui de nos
collègues aides-soignants et surtout par le SMIC. Un salaire inadapté
aux compétences et aux responsabilités qui impacte directement sur les
possibilités de logement, notamment dans les grandes villes ainsi que
sur les difficultés à financer un mode de garde adapté pour les enfants
et ce, alors que la profession est à 90% féminine !
Cependant lorsque l’on dialogue avec les professionnels concernés, ce
n’est pas la revendication première annoncée… La plupart évoque une
dégradation de leurs conditions de travail. Qu’en est il ?
Réunis en Assemblée Générale, les adhérents de la Coordination
Nationale Infirmière ont choisi de consacrer un groupe de travail à
cette question composé d’infirmières en activité dans diverses régions de
France.
1er point de litige : les locaux.
Ils sont souvent vétustes et inadaptés. Si le privé investit plus, ce n’est pas forcément une réussite…
« C’est le cordonnier le plus mal chaussé ! » dit le vieil adage ; il
prend toute sa réalité dans le monde infirmier ! Alors que notre
formation couvre x page de cours sur le prendre soin… qui s’inquiète de
l’ergonomie du poste de travail du soignant ?
Cette mission dévolue aux services de santé au travail est souvent
oubliée, l’effectif de ces équipes laissant juste le temps aux visites
de suivi obligatoires. Les médecins du travail, pourtant formés à
l’ergonomie et sensés consacrer 1/3 temps à celle de nos postes de
travail sont peu consultés, voire pas du tout par nos directions lors
de réaménagements, restructurations ou constructions de locaux. Ainsi
les dysfonctionnements s’accumulent : les rangements trop éloignés au
regard des besoins, le manque de matériels pour le port de charge et de
personne, l’espace des chambres, des salles de soins trop réduites pour
un exercice efficient.
Et pourtant, la prise en compte de ces paramètres ainsi que celle de
l‘avis des équipes lors de travaux réduiraient le nombre de TMS
(troubles musculo squelettique) et induiraient des économies par
diminution des accidents, arrêts de travail et jours d’absence.
Les lourdeurs administratives ainsi que le retard d’informatisation des établissements majorent encore ce bilan.
Le management peut également être une source de démotivation. Certaines
équipes expriment un sentiment de non reconnaissance du travail fourni.
Les carences dans la gestion de l’absentéisme se traduisent par de
multiples rappels, souvent hors législation. Leurs fréquences et le non
respect des amplitudes se traduisent chez les infirmières par l’impression
d’être un pion dans l’échiquier planning sans remerciement bien sûr,
mais sans retour d’ascenseur pour les dépannages !
De multiples « parasites » perturbent aujourd’hui la journée de l’infirmière
: téléphone, rupture de stock et course au matériel, aux médicaments,
désorganisation médicale (visite à rallonge). Hormis la fatigue
ressentie, le temps soignant ainsi gaspillé est délétère pour les
patients et correspond à un manque à gagner pour l’employeur.
Souffrance, avez-vous dit ?
Au risque de heurter certains " burocrates ", l’infirmière en France est de
plus en plus souvent en souffrance. Cette souffrance est amplifiée par
la négation affirmée de nos directions. Qu’est-ce que l’infirmier vit
mal ?
La mort, la maladie, le stress… parfois oui, nous sommes des êtres
humains ! Mais ce que l’infirmier exprime fortement aujourd’hui c’est
l’inadéquation entre le soin enseigné et le soin prodigué… Le manque
d’effectif, le rythme du service imposent une priorité à l’essentiel,
l’indispensable : traitements, gestes vitaux alors que relation d’aide
et relation avec les familles sont trop souvent ingérables.
Lorsqu’un poste infirmier n’est pas dédié comment, dans ces conditions,
gérer notre rôle de prévention et d’éducation ?
C’est ce sentiment de travail inachevé qui grignote aujourd’hui les
professionnels. « Oui la mort, la maladie, le stress sont notre lot
quotidien mais reconnaissez nous le droit d’être humains et d’avoir
besoin d’en parler ».
Les conclusions de l’étude PRESST présenté au Ministère de la Santé le
1er juin 2005 recommandaient plusieurs pistes dont la mise en place de
groupe de parole, de psychologues destinés aux équipes… Pourquoi cette
excellente étude et ses propositions restent elles à ce jour lettre
morte ?
Dans ces propositions, notre groupe de travail sollicite la mise en
place d’outil d’évaluation de la charge de travail. Nous pensons en
effet, qu’il faut adapter les effectifs à la charge en soins et non
affecter arbitrairement x IDE et x AS au regard du nombre de lits. Une
étude en ce sens à grande échelle semble faire peur… cela pourrait
mettre en évidence un manque important de soignant notamment en
médecine et en gériatrie.
Il convient alors de définir quelle est la politique de santé souhaitée
en France : qualité ou rentabilité ? La plupart de nos établissement
sont saturés, on parle de développer la prise en charge à domicile…
Avons-nous les moyens humains d’y répondre ?
Aujourd’hui ? Demain ?
Pour répondre aux besoins, on augmente les quotas… est-ce la bonne réponse ?
Quel visage aura l’infirmière demain : une machine à dispenser des
gestes techniques sur prescriptions médicales ? Nos compétences et la
dimension humaine du soin seront-ils sacrifiés sur l’hôtel de la
rentabilité ?
La Coordination Nationale Infirmière, syndicat professionnel infirmier
a construit ce dossier dans le but de remplir son rôle et d’être force
de proposition. Notre demande de rendez-vous sur ce sujet n’a jusque là
pas été entendue. Nous la renouvelons avec force et soulignons que
certaines propositions peuvent être source d’économie mais aussi et
surtout de qualité pour nos patients...
... patients que nous sommes tous appelés à devenir un jour !
Comment moi simple infirmière puis-je améliorer mes conditions de travail ?
Règle d’or : bannir cette idée fataliste que rien ne changera jamais et se battre pour que cela change !
Pour que les choses changent, il faut se positionner, dénoncer les dysfonctionnements et ne plus les cautionner en les passant sous silence…
Manque de personnel, de matériel... il existe dans votre établissement des fiches de signalements des évènements indésirables.
Pour se positionner, il faut connaître les limites, connaître ses droits…
Pour être bien informés : syndiquez-vous !
Il existe dans vos établissements, une instance décisionnelle qui a un rôle essentiel pour votre quotidien c’est le CHSCT Comité d’Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail.
Il faut que dans ces instances la parole infirmière s’exprime.
Dans les établissements publics, les infirmiers représentent 1/4 des salariés et pourtant nous sommes peu considérés… nous sommes aussi 4 à 6% seulement à être syndiqués…
Ceci n’expliquerait-il pas cela... Et si on inversait la tendance ?
Nathalie DEPOIRE, Réfèrent du groupe de travail "Conditions de travail des IDE en France"
Vice-Présidente CNI (Coordination Nationale Infirmière)
Article paru dans le n° 25 (juin 2007) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)
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