|
Prescription Infirmière
LE TRAITEMENT DES PLAIES,
LES DIFFERENTES FAMILLES DE PANSEMENTS
Des connaissances indispensables
Depuis ces dernières années, on déplore une grande prévalence des plaies à retard de cicatrisation qui augmente du fait de l’augmentation de l’espérance de vie de la population.
Parallèlement, ce domaine s’est considérablement enrichi, mettant à disposition des soignants une panoplie importante de technologies nouvelles. Le pansement a toujours constitué un soin important de notre exercice infirmier, mais désormais le droit de prescription des pansements a été obtenu (JO n°88 du 14 avril 2007 texte n°126 ).
"Choisir le bon produit au bon moment"
constitue une étape essentielle de la prise en charge. Cet objectif
s'avère de plus en plus complexe face à la multiplicité des pansements
proposés aujourd'hui sur le marché. Cela induit pour les infirmiers
d'avoir de solides connaissances de bases en Plaies et Cicatrisations.
Or tous les IFSI n'assurent pas cet enseignement…. Cependant, nous
devons dès à présent connaître l'ensemble de tous les produits, sans
ignorer leurs principes d'actions, leurs indications et
contre-indications et maîtriser les opérations d’application. Alors
pour actualiser nos connaissances, nous allons évoquer les différentes
familles de produits.
Principe fondamental
C'est le Professeur Winter1
en 1962 qui a démontré le fondement principal de la cicatrisation. Il a
prouvé que garder la plaie dans une milieu humide facilitait la
migration cellulaire et permettait de multiplier par deux la vitesse de
cicatrisation. Face à ce principe, l'objectif de tout pansement est de
créer un micro-climat humide, tout en étant perméable aux échanges
gazeux, imperméable aux liquides, capable de gérer l'excès d'exsudat,
confortable et stérile, sans adhérer à la plaie.
Les différentes familles de pansements
De ces attentes, diverses familles de pansements sont apparues depuis le postulat de M. Winter.
Aujourd'hui nous comptons les familles suivantes :
• les pansements gras imprégnés et les interfaces
• les films auto-adhésifs en polyuréthane
• les hydrocolloïdes
• les hydrogels
• les alginates
• les hydrocellulaires
• les hydrocellulaires à l'Ibuprofène
• les pansements au charbon
• les hydrofibres
• les pansements à l'argent
• les pansements par traitement par dépression
• les pansements bio-enrichis : acide hyaluronique , facteurs de croissance , collagène etc…
Pour chacune des familles nous vous proposons un tableau résumé évoquant :
• leur statut
• leurs propriétés
• le rythme de réfection
leurs indications
leurs contre-indications
le stade de la cicatrisation
précautions d’emploi
Vers un outil pédagogique de mémorisation
Identifiée infirmière experte dans le domaine des plaies et de la
cicatrisation au CHU de Montpellier, et détachée en mission
transversale depuis 6 ans, je constate quotidiennement malgré de
nombreuses sessions de formation, encore des erreurs d’application de
protocole pansement du fait de la méconnaissance des indications et des
propriétés des produits. Les collègues expriment leurs difficultés à assimiler
tout ce qu'il faut savoir sur l'ensemble des produits mis à leur
disposition. Elles évoquent un « catalogue pas toujours digeste…». Des
protocoles ont été rédigés mais à la question du recours à ces
documents, certaines disent ne pas savoir ou ils se trouvent et
plusieurs disent ne pas avoir toujours le temps de les consulter !.
C'est à partir de ces réflexions que j'ai envisagé de créer un outil
orientant le choix thérapeutique du professionnel. Les soignants sont
demandeurs d'outils pratiques, facilement accessibles et le plus clair
possible.
A partir de notre expérience des protocoles de l'institution, nous avons élaboré, avec la pharmacienne2 et le dermatologue3
, de notre groupe “Plaies et Cicatrisations , “une palette” De la plaie
au pansement : vers une harmonisation du choix thérapeutique”
distribuée au personnel soignant.
Ce document de format de poche, présente au recto le choix de la famille de pansement possible suivant 3 indicateurs :
• le stade de la plaie
• l'évolution de la réponse thérapeutique en allant des moyens les plus conventionnels aux plus spécialisés
• le statut de remboursement selon la LPPR.
Au verso, sont indiqués
par famille tous les produits disponibles ainsi que le détail de la
conduite soignante (mode d'application, fréquence de changement,
contre-indications, précautions d'emploi).
Véritable outil pratique et pédagogique, cette palette est désormais
accessible à tous les professionnels. En effet, depuis peu, le Réseau
Ville Hôpital Plaies et Cicatrisations du Languedoc
Roussillon partenaire du CHRU de Montpellier distribue cet outil4.
En conclusion, la formation continue va devoir inscrire un grand nombre
de sessions dans l'avenir sur cette thématique. Mais au-delà du choix
du produit, ne oublier que nous ne traitons pas une plaie, mais un
patient porteur de plaie. Alors avant de changer de protocole, il reste
indispensable de se poser un certain nombre de questions :
• est-ce une mauvaise indication ?
• depuis quand ce protocole est en cours ?
• le mode d'emploi du produit est-il respecté ?
• quel est l'état général du patient ?
• présente-t-il des facteurs entravant la cicatrisation ?
BONNE CICATRISATION A TOUS !!!
Sylvie PALMIER, IDE référente Plaies et Cicatrisations CHRU Montpellier
1
- Winter GD : Formation of the scab and the rate of epithelialization
of superficial wounds in the skin of the young domestic pig. Nature
1962 ; 193:293-4
2 - C. FAURE Pharmacienne Pharmacie Centrale Euromédecine CHRU Montpellier
3 - Pr O. DEREURE Dermatologue CHRU Montpellier
4 - Se renseigner auprès de :
Sylvie PALMIER 04 67 33 01 66 ou
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Article paru dans le n° 25 (juin 2007) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)
| Interfaces et Pansements gras |
|
Trame imprégnée de substance grasse associée à divers agents
|
| Non adhérent, aéré |
| Changement 2 à 3 jours |
Plaie aigüe ou chronique en voie d’épidermisation, greffe |
Plaie très exsudative |
désépidermisation, tissu bourgeonnement |
Films adhésifs
|
|
Film polyuréthane transparent enduit d’un adhésif hypo-allergénique
|
Pas de capacité d'absorption
|
| Durée de mise en place : 3 à 7 jours |
|
Indications :
- Fixation de pansements
- Protection : prévention des escarres, traitement stade 1
|
Allergie aux adhésifs |
érythème / légère dermabrasion |
| Pansements avec argent |
|
Sulfadiazine argentique
Pansement + sulfadiazine argentique = agent anti-bactérien
• Interface + Sulf.Ag
• Acide hyaluronique + Sulf.Ag
|
Ions argent
Pansement associé à des ions argent
• Hydrofibre + Ag
• Hydrocellulaire + Ag
• Pansement au charbon + Ag
• Alginate + Ag |
Traitement des plaies infectées
|
Plaie infectée : pansement TOUS les jours !
|
Par traitement par dépression
|
|
Repose sur le principe de l’aspiration active, créant une pression négative
|
| Formé
d’une machine d’aspiration, d’une mousse de polyuréthane au contact de
la plaie dans laquelle est implantée un tuyau, relié à la machine par
un réservoir |
Importante perte de substance, recouvrement |
Non remboursé
|
Les bio-enrichis
Acide hyaluronique |
|
Hyaluronate de Na
|
| Compresse imprégnée ou crème |
| Favorise la ré-épidermisation |
| Changement quotidien |
Ulcère de jambe, irritation cutanée, plaie atone |
tissu bourgeonnement, peu de fibrine |
Les bio-enrichis
Facteur de croissance
|
|
Regranex
• Médicament béclapermine
(facteur de croissance humain recombinant dérivé des plaquettes PDGF-B)
• Tube de gel à 0.01% (15g)
|
Ulcère de jambe, irritation cutanée, plaie atone |
Remboursement Sécurité Sociale 65% selon la procédure des médicaments d’exception |
Envoyer cet article
|