Infirmières scolaires : des « interlocuteurs privilégiés »
Elles ont laissé leurs blouses blanches aux vestiaires. Le syndicat
majoritaire chez les infirmières de l’Éducation nationale tient son
sixième congrès jusqu’à aujourd’hui à Lille. Rencontre avec Marie
Vervaecke, trésorière dans l’académie de Lille et infirmière au lycée
Beaupré d’Haubourdin.
Depuis lundi, le Syndicat national des infirmières conseillères de santé tient son congrès national à Lille. Qui y participe ? >> Il y a des collègues de la France entière, y compris de l’outre-mer. Nous sommes 120 délégués.
De quoi débattez-vous ? >> On parle beaucoup de la
réforme qui se prépare actuellement pour la fonction publique, ce qu’on
appelle la RGPP pour révision générale des politiques publiques. Cela
devrait permettre aux infirmières d’État travaillant pour l’Éducation
nationale d’être muté dans une collectivité territoriale ou bien à
l’hôpital. Il n’y aura plus le cloisonnement actuel. Le projet de loi
devrait passer cet été. Apparemment, les décrets d’application sont
déjà prêts.
Avez-vous des craintes par rapport à ça ? >> On
souhaite pouvoir continuer à être infirmière pleinement intégrée dans
l’Éducation nationale, de la maternelle à l’université, être membre à
part entière de l’équipe éducative. Nous, on ne souffre pas de
suppressions de postes.
Au contraire, on nous en crée 1 500 sur 5
ans depuis 2006. On ne peut donc pas dire que notre rôle n’est pas
reconnu. Cela dit, on est solidaires avec les professeurs.
Que demandez-vous au gouvernement ? >> On se bat depuis des années pour la reconnaissance de notre diplôme à niveau bac + 4.
Actuellement, on fait partie de la catégorie B de la fonction publique,
donc considérées comme des bac + 2, sachant qu’on fait trois ans et
demi en institut de formation en soins infirmiers, avant de passer un
concours d’entrée dans l’Éducation nationale et de suivre une formation
d’adaptation à l’emploi d’un an mêlant théorie et pratique.
On
aimerait aussi que s’arrête la confusion des rôles entre médecins et
infirmières. Sur le terrain et particulièrement dans l’académie de
Lille, au prétexte qu’il manque des médecins, on détourne le travail
des infirmières pour qu’elles fassent des visites médicales. Prendre
une infirmière pour peser, mesurer et faire du travail à la chaîne,
c’est du gâchis. Et ça se fait au détriment de nos vraies missions.
Quelles sont-elles justement ? >> On
participe à la réussite scolaire des élèves. Quand un élève nous
rencontre pour avoir un soin, ça permet d’éviter qu’il soit renvoyé à
la maison. On peut aussi suivre dans la durée les élèves avec des
pathologies particulières, comme l’épilepsie, le diabète, la
mucoviscidose ou encore les handicapés. On aide également les élèves en
mal-être scolaire. On devient leur interlocuteur privilégié, surtout
qu’ils rencontrent souvent des problèmes familiaux. On est là aussi
pour rassurer les enfants qui vont subir une intervention chirurgicale
ou épauler ceux qui vivent un deuil. Enfin, en ce qui concerne la vie
affective et sexuelle, les adolescentes viennent souvent nous voir pour
avoir accès à des moyens de contraception. C’est plus facile que
d’aller voir un médecin, l’hôpital ou le planning familial.
Laurent Guenneugues, Nord Eclair, 5 juin 2008
|