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Après le plombier, l'infirmière polonaise

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Écrit par La Tribune   
12-06-2008

Après le plombier, l'infirmière polonaise...

L'expatriation, même dans un pays proche, n'est pas une démarche évidente: la barrière de la langue, l'éloignement de la famille et des amis, l'adaptation à de nouveaux repères culturels demeurent des obstacles pour les jeunes diplômés, souligne Emmanuelle Quillet, présidente de l'ANFH Ile-de France, directrice du centre hospitalier de Rambouillet.

La "pénurie d'infirmières" est un élément quasi permanent du débat hospitalier. Les besoins en personnel qualifié sont importants et durables, sous l'influence de plusieurs facteurs: réduction du temps de travail, départs en retraite massifs, demande croissante de soins dans le secteur des personnes âgées.

Les pouvoirs publics et les fédérations d'employeurs (FHF, Fehap...) font de leur mieux pour susciter les vocations. Relèvement des quotas, accords catégoriels, campagnes d'information... ont été largement utilisés sans combler le besoin, d'autant que de fortes disparités régionales et catégorielles compliquent encore le problème. Les hôpitaux aussi, avec des politiques de recrutement plus compétitives (conditions de travail, formation, logement, crèches...) qui rencontrent cependant la limite d'un statut relativement uniforme, laissant peu de place à l'amélioration locale, contrairement au secteur privé.

L'élargissement de la communauté européenne en 2004 et la transposition des directives relatives à la reconnaissance des qualifications offrent de nouvelles perspectives en rendant possible le recrutement de professionnels au-delà des frontières. Ce type de recrutement a d'abord été expérimental, avec la mise en place en 2002 d'un dispositif original de recrutement d'infirmiers espagnols, géré par le ministère de la Santé et les fédérations d'employeurs.

800 professionnels ont ainsi été recrutés pour les hôpitaux français. Ce dispositif comportait un encadrement strict des recrutements (obligation pour l'employeur de financer une formation d'un mois au français de ses recrues, d'assurer logement et tutorat...) afin de prévenir le risque d'échec.

L'expatriation, même dans un pays proche, n'est en effet pas une démarche évidente: la barrière de la langue, l'éloignement de la famille et des amis, l'adaptation à de nouveaux repères culturels demeurent des obstacles pour les jeunes diplômés. Le processus s'est aujourd'hui banalisé, comme en témoigne la multiplication des agences de recrutement spécialisées dans la mobilité intra-communautaire des professionnels de santé.

Les marchés prospectés sont d'abord ceux où les professionnels qualifiés peuvent espérer de meilleures conditions professionnelles dans un autre pays de la CEE, soit que le niveau de vie y soit sensiblement plus bas (nouveaux pays membres de l'Europe de l'Est), soit que les débouchés professionnels soient insuffisants (Espagne, pour certaines qualifications).

Le marché de l'emploi de la santé, tendu dans la plupart des pays européens, limite cependant l'espoir d'un recours massif à ces solutions, d'autant que la mobilité en provenance des pays d'Europe de l'Est risque, pour des questions liées à la maîtrise de la langue et à l'éloignement, de ne pas profiter prioritairement à la France.

Certaines filières se développent pourtant, avec un effet d'entraînement des "premiers arrivés": infirmiers et kinésithérapeutes espagnols, médecins allemands, kinésithérapeutes belges, infirmières polonaises... Les "filières" concernent aussi les étudiants, une stratégie consistant à rechercher les études les moins chères et les moins impactées par le numerus clausus (exemple: étudiants français dans les écoles belges de kinésithérapie).

La reconnaissance des diplômes peut avoir des conséquences imprévues: une jurisprudence récente (Hocsman) étend à tous les pays membres la reconnaissance par un seul d'entre eux d'un diplôme extracommunautaire (exemple: reconnaissance par l'Espagne de certains diplômes latino-américains, rendant possible la reconnaissance dans l'Europe entière). Il revient aux employeurs d'utiliser ces opportunités pour combler au mieux leurs besoins.

Les pouvoirs publics devront en tirer les conséquences en matière d'harmonisation des diplômes et des réglementations: dans un marché ouvert, une réglementation malthusienne - qui a longtemps prévalu en matière de formation des professionnels de santé - a moins de sens... C'est sur la qualité des formations, initiale et continue, que l'effort doit porter.

L'Association nationale pour la formation des personnels hospitaliers, OPCA de la fonction publique hospitalière, qui accompagne les établissements dans leurs projets d'évolution des compétences, est bien entendu partie prenante à cette réflexion.

 La Tribune, 12 juin 2008

 

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