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Caroline, infirmière à Lyon, sous tension permanente

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Écrit par Le Monde   
05-03-2009

Les sabots de travail sont jaunes, et sur sa blouse Caroline Josse, 25 ans, porte une broche fantaisie avec son prénom gravé dessus. Une pointe d'humour, histoire d'égayer son quotidien d'infirmière aux urgences de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon (Rhône).

Volontaire pour "bosser sous pression" au pavillon N, l'un des plus fréquentés de France, elle a fait grève cet hiver pour réclamer plus de moyens. Avec le manque d'effectifs et l'accroissement des tâches, elle était arrivée à saturation. "Parfois, il n'y avait même pas l'effectif minimum alors qu'on se trouvait face à un afflux de patients. On travaille seul, en totale autonomie, à jongler entre plusieurs malades. C'est ça qui est fatigant", déplore-t-elle.

Ce mercredi 4 mars, Caroline a commencé son tour de garde à 7 heures. Sa journée marathon va durer douze heures. En poste au secteur B, celui des urgences "relatives" et psychiatriques, elle va multiplier les actes médicaux : soins techniques, confort des malades, préparations pharmaceutiques, brancardage, accompagnement des familles ou mises à jour des formalités administratives... Pas le temps de souffler. Ici, un homme de 73 ans, victime d'une chute, qu'il faut perfuser ; là, un patient atteint d'une crise de coliques néphrétiques, qu'il convient de soulager ; dans le hall, une femme, pieds nus, muette et recroquevillée dans son lit, doit être conduite en salle d'examen.

Au service des admissions, on signale un pic d'inscriptions. Caroline s'inquiète auprès du médecin du secteur : "Qui peut-on sortir des boxes parce qu'il y a pas mal d'attente à l'accueil ?" "La dame du 7, elle peut partir", lui répond-on. Toujours à la hâte, la patiente est évacuée avec ses affaires. Si certains sont soignés à l'intérieur de pièces fermées, d'autres attendent dans les couloirs défraîchis du service. Ce n'est pourtant pas la cohue. Ce jour-là, une trentaine de personnes ont été admises, contre 100 certains jours. "Dans ces cas-là, la tension est vite là", dit-elle.

PAS "SÉCURITAIRE"

Débutée le 8 décembre 2008, la grève des urgences a pris fin le 3 février. Les banderoles, hissées sur le fronton du pavillon, ont été enlevées depuis le renfort de trois infirmières et deux brancardiers. "On sent une différence, même si cela peut être amélioré. Les postes de brancardiers ne sont effectifs qu'en semaine et de jour. La nuit et le week-end, c'est toujours le même problème", regrette Caroline.

Au premier étage, dans un bureau tapissé de photos de médecine humanitaire, le professeur Pierre-Yves Gueugniaud consulte la fréquentation de la semaine : "Regardez, c'est rouge !" Chef du pôle des urgences, il tient en temps réel les statistiques du service. A chaque bond des admissions, une note est envoyée à la direction. "L'arrivée de nouveaux postes a amélioré le fonctionnement, mais cela reste insuffisant. On ne travaille pas de façon sécuritaire, aussi bien pour les patients que pour la qualité des soins", explique-t-il. Il a donc fallu faire avec les moyens du bord. Depuis le 2 mars, un nouveau poste a été créé : le MARO, "médecin d'accueil responsable de l'organisation". Une sorte d'aiguilleur, dont le rôle consiste à "donner un diagnostic dès l'entrée du patient afin de l'orienter au plus vite dans le service". Une réunion des responsables du pôle devait se tenir ce jeudi 5 mars, journée d'action du secteur, pour discuter du plan Hôpital annoncé par la ministre de la santé, Roselyne Bachelot. "Mais sans mot d'ordre", a fait savoir le professeur.

Selon les Hospices civils de Lyon, l'activité des urgences médicales à Edouard-Herriot a progressé de 15 % depuis 2005 avec près de 36 000 passages chaque année.

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