Comment sauver le système de santé ? |
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| Écrit par les Echos | |||||||
| 05-09-2008 | |||||||
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Comment sauver le système de santé ? Les progrès médicaux contribuent à l'allongement de la vie. Mais ils augmentent l'incidence des maladies et du handicap. Notre société envoie à l'hôpital les morts dont elle ne veut plus. Elle asphyxie les services d'urgences. Elle réclame des bébés parfaits. Elle accuse les médecins d'une naissance qui ne convient pas et revendique la santé à tout prix. L'hôpital public peine à trouver des solutions. La conduite des équipes soignantes a été abandonnée à des sociétés de conseil. Les médecins et les infirmières dépensent leur énergie à rédiger des rapports et à procéder à des auto-évaluations hors de toute réalité. Ce n'est ni la régulation par le seul marché ni la gestion budgétaire par une administration fixant des normes qui sont la solution. On ne peut continuer à additionner des libertés : d'installation, de prescription, de choix de son médecin et de remboursement automatique. Elles doivent répondre à des critères : de santé publique, de qualité des soins, de solvabilisation des différents patients. Une incitation financière forfaitaire s'ajoutant au paiement à l'acte pourrait rémunérer les praticiens, si ceux-ci s'impliquent dans la politique de prévention, de permanence et de qualité des soins. L'assurance-maladie accorde plus de confiance aux revendications de différents syndicats, qu'ils soient de médecins, d'étudiants en médecine, de personnels, d'usagers, qu'à une analyse objective de la situation. Elle exerce un contrôle tatillon, plaçant un médecin gendarme derrière chaque médecin soignant. La réorganisation de l'hôpital public ne peut aboutir sans consensus. Tant que les médecins considéreront que c'est gâcher du temps que de faire des tâches administratives et que l'administration estimera que la capacité de gestion des médecins est nulle, rien ne bougera. Les décisions doivent être prises pour le bien du patient et non du médecin ou de l'administrateur. Il est nécessaire que le patron de l'hôpital soit un gestionnaire avec des compétences médicales renforcées. Il doit être un stratège qui fixe des orientations plutôt qu'un acteur bureaucratique appliquant des directives, car une bonne organisation des soins repose sur la succession d'actes qui sont inséparables les uns des autres. L'efficacité du système n'est pas l'addition des compétences de chacun, mais leur combinaison. A la fin de la chaîne, la qualité du produit final (le malade soigné, voire guéri) s'aligne sur celle du niveau le plus faible. Le réseau de soins doit être pensé lui aussi comme une chaîne de production. Le partenariat sous diverses formes administratives (fédérations, groupements de coopération sanitaire...) représente le seul salut. La restructuration des activités médicales, chirurgicales et obstétricales des sites hospitaliers permet de préserver des emplois. Si elles vont jusqu'à leur terme, ces restructurations revaloriseront les établissements. Mieux vaut un bon service mobile d'urgence articulé sur un site référent que de mauvais services de médecine, de chirurgie ou d'accouchement. Les hôpitaux publics comme les établissements privés concourent chacun pour moitié aux soins des Français. Personne n'a le monopole de la vertu ou de la bonne gestion. Si l'hôpital public ne doit pas dépenser sans compter l'argent des Français, les cliniques privées ne doivent pas davantage avec ce même argent rémunérer des fonds de pension étrangers. La mise en oeuvre de complémentarités permet de travailler dans les deux systèmes. Une nouvelle organisation entraînera des économies, car on ne parle souvent que des coûts directs des dépenses, mais un malade mal pris en charge initialement engendre un surcoût jamais évalué. Si l'organisation de notre système de santé sur le territoire doit s'adapter aux caractéristiques locales, aux différences géographiques, épidémiologiques et météorologiques, cet argent ne doit pas être utilisé pour l'aménagement du territoire, quel que soit le souhait des élus. Quelques réformes courageuses permettront de redonner de l'enthousiasme à toutes et à tous, car la motivation est le meilleur atout d'un métier. JEAN-PIERRE FAVRE est professeur des universités et président de la Conférence régionale de santé de Bourgogne., les echos 3 septembre 2008
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