De 7 h à 14 h 36, la folle journée de Bouchra, infirmière à Bichat |
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| Écrit par Le Parisien | |||||||
| 03-03-2009 | |||||||
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Elle court, elle court, mais qu’est-ce qu’elle court ! C’est
littéralement au pas de course que Bouchra Oubihi, infirmière à la
maternité de l’hôpital Bichat à Paris, s’applique au chevet de ses
malades. Et ses savates en plastique de bloc opératoire ne seront pas
de trop pour tenir le rythme. Une infirmière, surtout quand elle est
seule pour 18 lits, ça doit aller vite.
« Je suis là, ne vous inquiétez pas » En ce moment, c’est à la « mater ». Des suites de couches, des grossesses pathologiques, des cas lourds qui demandent des soins mais aussi un véritable soutien psychologique. Une maman qui n’arrive pas à mettre son bébé au sein, un nourrisson qui ne veut pas se réveiller… Elle n’a guère le temps pourtant, il lui reste encore 12 patients à voir, mais ces minutes si précieuses, elle va quand même leur offrir, au prix d’un retard qu’elle rattrapera en courant encore plus vite dans les couloirs. « J’aimerais pouvoir me poser davantage », souffle-t-elle en tirant un chariot. Et de se rappeler en tremblant cette patiente du matin, en larmes parce qu’elle venait de perdre son bébé, sur qui, faute de temps, « elle a dû fermer la porte trop vite ». Et hop, la voilà repartie. Là, à l’angle du couloir, voici un papa qui vient demander des infos. Derrière, c’est une maman désorientée qui débarque, légèrement agressive, en se tenant le ventre… On l’attend impatiemment, on compte sur elle, on se confie à elle… Et le « à tout à l’heure » qu’elle s’oblige à lancer en sortant des chambres, c’est sa formule magique pour dire « je suis là, ne vous inquiétez pas ». Et toujours les mêmes gestes, le « pschitt » de produit antibactérien obligatoire sur les mains avant d’entrer dans les chambres, le lit à refaire, les draps sales à jeter dans le bon bac à linge, la tension à prendre… Une sage-femme lui demande de tout lâcher pour effectuer immédiatement une « saturation », mesure du taux d’oxygène dans le sang sur une femme qui se plaint d’avoir du mal à respirer. « Si la relation de confiance avec les patients se perd, on va droit dans le mur » Il fait très chaud, tous ces piétinements commencent à se faire sentir dans les jambes, mais pas question de s’arrêter. « Des rollers, il me faut des rollers ! » lance-t-elle, rigolarde, en s’éloignant. Le temps d’un instant volé, elle s’adosse contre le frigo du poste de soins. Sa supérieure, madame Berthelot, la couve du regard. Le début d’année et ses dramatiques événements dans les hôpitaux, la mort d’un enfant à Saint-Vincent-de-Paul après une erreur d’injection, a été des plus difficiles. « Certaines de mes filles sont venues me voir après ces histoires, mortes de trouille », confie-t-elle. « On s’interdit de se dire que ça peut arriver, renchérit Bouchra, notre profession en a pris un sacré coup, or si la relation de confiance qu’on a avec les patients se perd, on va droit dans le mur. Déjà, on sent l’agressivité des gens, parfois on se fait cracher dessus. Ah, il semble bien fini le temps de la super-infirmière, qui faisait l’objet de fantasmes…
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