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Des soins, des mots pour atténuer la douleur et la peur

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Écrit par Ouest France   
05-06-2008

Des soins, des mots pour atténuer la douleur et la peur

Corcoué-sur-Logne. De notre envoyé spécial

L'hôpital est en travaux. Dans le hall d'entrée, Françoise Ménard, la directrice, s'excuse pour la poussière. Mais le jeu en valait la chandelle : une aile supplémentaire, de nouvelles chambres et salles de soins. Et, à chacun des trois étages, une pièce destinée aux familles de patients en fin de vie. Améliorer leur accueil, leur accorder une attention particulière : cela fait partie de la démarche soins palliatifs initiée, il y a neuf ans, par l'établissement.

Aux confins de la Vendée et de la Loire-Atlantique, l'hôpital de Corcoué compte 120 lits et accueille surtout des personnes âgées. C'est du personnel que l'initiative est venue. « Nous avons pris conscience que, dans nos services, les gens mouraient souvent seuls et que nous ne savions pas répondre à leur demande », commente Martine Charrier, cadre de santé. Claudine Epiard, infirmière, se souvient de cette jeune mère d'un garçon de 14 ans et qui allait mourir : « Comment l'aider à affronter son angoisse ? On était désemparés. Personne n'avait reçu de formation pour cela. » Les soignants vivaient difficilement la situation. « Il y avait une forme d'impuissance qui pouvait se transformer en évitement », confirme Jean-Paul Richard, gériatre.

Moments de plaisir

En 1999, les premières formations sont données. La base : soins de confort, évaluation de la douleur, gestion du stress. Infirmières, aides-soignantes, médecins, kinés, psychologues... Tout le monde y passe.

Aujourd'hui, c'est l'hôpital entier qui participe à la démarche. Les soignants sont aidés par des bénévoles de l'association Jalmalv (Jusqu'à la mort, accompagner la vie). Des groupes de parole ont été créés pour analyser les pratiques. Et, il y a six mois, la reconnaissance est venue avec l'attribution de trois « lits identifiés » soins palliatifs.

Quand la mort s'avère inéluctable, quand chercher à guérir ne sert plus à rien, la médecine ne rend pas les armes, elle en utilise d'autres. « On n'est plus, alors, dans le curatif ; on recherche la qualité de vie »,« Un pot a été organisé dans sa chambre avec boissons alcoolisées. Totalement interdit par le règlement », raconte Claudine Epiard. Telle autre personne tenait à être entourée de sa famille. Cinq personnes ont passé la nuit dans sa chambre jusqu'à ses derniers instants. explique le Dr Richard. Les règles qui valaient jusqu'alors n'ont plus cours. Un malade en train de mourir d'un cancer du poumon sera autorisé à fumer une cigarette. Il peut avoir envie d'une douzaine d'huîtres, le cuisinier se mettra en quatre pour les lui trouver. Récemment, un vieux monsieur avait tenu à recevoir une dernière fois ses meilleurs amis.

L'infirmière évoque encore le « bain plaisir » donné à cette vieille dame « très abîmée ». Musique, massage relaxant. Deux aides-soignantes y ont consacré une matinée. Elle est morte deux jours après. « C'était doux pour elle et bien pour sa fille qui a su que sa mère est partie apaisée. »

La prise en charge de la douleur est, évidemment, la préoccupation première. Comment la soulager tout en permettant de conserver une relation sociale ? La mort qui arrive fait peur. Le soignant apprend à employer les mots justes qui peuvent apaiser. Même s'il y a « des souffrances contre lesquelles on ne peut rien. Que dire à celui qui ne veut pas quitter la vie ? Mais on peut l'entendre, il faut être là ». La parole, aussi, pour révéler des secrets, libérer des consciences, rapprocher un père fâché avec son fils...

Ainsi vont les fins de vie dans ce petit hôpital de proximité où un travail exemplaire est accompli. Avec une compétence désormais reconnue. « Et, surtout, beaucoup d'humanité », résume sa directrice.

Marc MAHUZIER, Ouest France, 6 juin 2008

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