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Au-delà du cliché de la jolie demoiselle
qui ne porte rien sous sa blouse blanche et qui tombe forcément sous le
charme de ce médecin ténébreux, il y a une profession, avec ses doutes
et ses certitudes.
Dans l'Aisne, ils sont près de 4.000 infirmières et infirmiers à prodiguer des soins dans les hôpitaux ou à domicile.
Nous sommes allés à la rencontre de ces professionnels qui ont élu
récemment et pour la première fois leurs représentants au conseil de
l'ordre infirmier : une instance que la profession réclamait depuis de
nombreuses années et qui se met progressivement en place.
DE nombreux professionnels de santé disposent d'un conseil de l'ordre.
C'est le cas des médecins, des pharmaciens, plus récemment des
kinésithérapeutes et des sages-femmes mais jusqu'alors, rien concernant
les infirmiers. La France était d'ailleurs l'un des rares pays de
l'Union européenne à ne pas être doté d'un ordre des infirmiers.
L'erreur est réparée : en avril, des conseils départementaux ont été
élus, puis en juillet des entités régionales. Les élections à l'ordre
national sont prévues le 25 novembre.
Dans l'Aisne, la structure - présidée par Edith Plantefeve - règle
les dernières questions d'organisation avant d'entrer dans le vif du
sujet. Jocelyne Lalonde, directrice de l'Ifsi de Chauny, en est la
vice-présidente.
Rédiger un code de déontologie
l'union : Pourquoi la profession a-t-elle tant tardé à se doter d'un conseil de l'ordre ?
Jocelyne Lalonde : En 1945, il était prévu de créer cet ordre en
même temps que celui des médecins. Il n'a pas vu le jour, sans doute
parce que ce n'était pas une priorité. Et puis qui dit « ordre » dit «
profession indépendante ». Les infirmières travaillant sous l'autorité
des médecins, leur donner un ordre, c'était leur donner un pouvoir
indépendant…
En 1980, une loi prévoyait de mettre en place un moyen de
régulation de la profession, notamment pour les libéraux mais elle n'a
jamais eu de décret d'application.
Récemment, une quarantaine d'associations d'infirmiers se sont
regroupées en vue de faire pression sur le gouvernement pour qu'il crée
cet ordre. Elles ont eu gain de cause et vont enfin pouvoir parler
d'une seule voix devant les élus et le gouvernement.
l'u. : Quelle sera la première mission du conseil ?
J.L. : Nous allons commencer par rédiger un code de déontologie qui
réglementera les relations entre les infirmières ainsi qu'entre les
infirmières et les personnes qu'elles soignent. Un code de bonne
conduite en somme, qui se substituera au code de la santé publique.
Ce texte sera plus ciblé sur l'exercice professionnel, le
comportement à adopter au quotidien. L'ordre, au niveau départemental,
aura pour rôle de recenser tous les infirmiers qui, pour exercer,
devront obligatoirement y adhérer. Nous travaillerons sur les questions
de fond propres à notre territoire et surtout, nous communiquerons
beaucoup avec les professionnels, par exemple sur les formations qui
s'offrent à eux ou sur l'évolution de la législation.
l'u. : Ce conseil aura-t-il également un rôle disciplinaire ?
J.L. : Nous mettrons effectivement en place une commission de
conciliation, telle qu'elle existe déjà pour les salariés du public et
du privé.
Pour les libéraux, jusqu'à présent, c'était différent : les
conflits se réglaient la plupart du temps devant un tribunal. La
commission de conciliation fera en sorte qu'on n'aille pas jusque-là,
avec cet intérêt que les personnes qui auront à départager les parties
seront elles-mêmes infirmières. Nous essaierons de désamorcer les
conflits, tout en ayant un pouvoir disciplinaire envers les
professionnels qui n'exercent pas dans les règles de l'art. La
réglementation existe mais elle ne fait pas le comportement. C'est
comme le code de la route : on sait qu'il faut s'arrêter quand le feu
est rouge mais certains ne le font pas. Les textes sont précis, encore
faut-il intégrer les règles de sérieux, de prudence et de bienveillance
et je crois que par le biais de l'ordre, on y arrivera.
***
Ils étaient infirmiers…
On les connaît en tant qu'élues ou chanteur mais ce serait oublier que ces Axonais ont d'abord été infirmier(e) s.
Conseillère générale du canton de Fère-en-Tardenois et députée de
la 5e circonscription, Isabelle Vasseur n'a pas toujours évolué dans la
sphère politique. Infirmière de formation, elle a exercé dans le
service rhumatologie de l'hôpital de Villiers-Saint-Denis puis en
néonatalogie à la polyclinique de Courlancy jusqu'en 1999.
« Mon métier étant très prenant, j'ai décidé de le mettre entre
parenthèses pour me consacrer pleinement à mes mandats électifs.
Toutefois, si un jour je ne satisfais plus mes électeurs, je n'aurai
aucune difficulté à retrouver ma profession initiale tant je l'apprécie
» affirme l'élue qui, à l'Assemblée nationale, siège à la commission
des affaires sociales, familiales et culturelles. « Mon expérience
professionnelle est un avantage incontestable. Je fais remonter les
revendications de mes consœurs et confrères, je suis au courant des
problèmes qu'ils rencontrent pour les avoir vécus et c'est d'autant
plus facile de les expliquer pour faire avancer les dossiers ». Elle
travaille d'ailleurs en ce moment à l'intégration de la filière au
système LMD (Licence-Master-Doctorat) : les études durent plus de trois
ans mais pour l'instant, les infirmiers ne sont reconnus qu'à Bac + 2.
Autre élue à avoir troqué la blouse blanche contre un tailleur :
Annick Venet, qui est actuellement maire de Vailly-sur-Aisne et
conseillère générale.
Citons également cet infirmier axonais - bien qu'il exerce à Lille
- qui a fait connaître à la France entière le « rap rural », Kamini.
Cet infirmier psychiatrique a fait son bonhomme de chemin : des
reportages télévisés, un passage à la Star Academy, un disque d'or et
même une Victoire de la musique pour le clip « Marly-Gomont ».
Décidément, être infirmier, ça mène à tout !
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Où se former dans l'Aisne ?
L'Aisne compte cinq Instituts de formation en soins infirmiers
(Ifsi) qui proposent un cursus sur 37 mois et demi, répartis entre
enseignement théorique et stages, sanctionné par un Diplôme d'État.
Peuvent se présenter au concours les bacheliers ayant au minimum
17 ans au 1er janvier de l'année du concours ; les aides-soignants
justifiant de trois années d'expérience ; les professionnels
non-bacheliers ayant trois ans d'expérience dans le domaine paramédical
ou cinq ans dans un autre secteur. Dans ce cas, les postulants font
valider leurs acquis devant un jury spécial. Enfin, l'Ifsi s'adresse
aux personnes titulaires d'un diplôme d'infirmier étranger non-valide
en France pour exercer cette profession.
À Soissons, les cours sont suivis par 420 étudiants infirmiers,
auxiliaires de puériculture ou aides-soignants. À noter que cet
institut s'est doté en 2003 d'une antenne à Château-Thierry où 90
élèves suivent des cours.
À Saint-Quentin, on compte cette année 518 élèves infirmiers et 43
aides-soignants.
À Chauny, ils sont 185 à viser le diplôme d'infirmier et 38 celui d'aide-soignant.
À Laon, l'on recense 211 étudiants.
À Prémontré, 200 élèves suivent ces cours.
***
Le métier au masculin
Les petits garçons rêvent souvent de devenir pompiers ou policiers. Khalil Lakkari, lui, avait un penchant pour le sport.
« Infirmier ? J'avoue que c'est un accident de parcours ». À
l'époque, il est moniteur de sport, un diplôme en traumatologie du
sport dans la poche. « Il y a eu des suppressions de postes là où je
travaillais. J'ai eu le choix entre continuer ou changer de voie, aller
plus vers le médical car ça m'intéressait aussi ».
C'était en 1989, l'année où il passe avec succès le concours
d'entrée à l'Ifsi de Chauny. Tout de suite, il est dans le bain : sur
une promotion de 40, ils ne sont que deux hommes. Un aperçu de ce qui
l'attendra une fois installé en tant qu'infirmier libéral à Tergnier.
En effet, la profession est on ne peut plus féminisée : plus de 90 % des infirmiers sont… des infirmiers.
Aucun refus de soins
« Être un homme dans ce milieu très féminin ne m'a jamais posé de
problème, que ce soit à l'école ou dans l'exercice de mes fonctions.
D'ailleurs, jamais un patient n'a refusé que je le soigne. J'en suis un
peu surpris, notamment quand on s'occupe de femmes pour des problèmes
intimes mais après tout, elles voient bien des médecins, des
gynécologues hommes alors pourquoi pas un infirmier ? » lance Khalil
Lakkari, d'autant plus conforté qu'il travaille en libéral : « Les
patients ont le choix, contrairement à l'hôpital. Si vraiment cela
posait un problème, ils ne me solliciteraient pas ».
L'infirmier pense qu'il aura de plus en plus de confrères dans les
années à venir, pour la simple et bonne raison que dans ce secteur, on
recrute en permanence. « Les promotions restent en majorité féminines
mais ça change doucement ».
Avis aux amateurs…
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« Le libéral ? Un bonheur ! »
À celui qui envie sa situation de ne pas avoir de patron, Joël
Mercier, infirmier libéral installé à Soissons depuis 32 ans, répond
qu'il a au contraire « 70 patrons par jour ! Sans patients, je ne
travaille pas ». Comme la plupart des libéraux, ses journées ne sont
pas de tout repos mais il ne s'en plaint pas.
Chaque jour, « y compris les week-ends et les jours fériés », le
réveil sonne à 5 h 15. Joël monte en voiture vers 6 heures. « Je
commence par les prélèvements sanguins et les patients qui ont besoin
d'une injection d'insuline puis, avant 8 heures, je vois ceux qui
travaillent. Ensuite, j'enchaîne avec les soins courants ». Quand
l'infirmier rentre chez lui, il est généralement 21 heures mais sa
journée n'est pas terminée pour autant. Il doit encore préparer son
travail du lendemain et entrer ses dossiers dans le système
informatique, sans compter les urgences de nuit. « Je fais aussi des
visites tardives, notamment pour mettre des patients au lit : ce n'est
pas parce qu'ils sont malades qu'il faut les coucher à 16 heures »
souligne Joël Mercier qui fait chaque jour entre 200 et 250 km pour
prodiguer des soins.
« Être invité chez les malades »
La pratique en libéral s'est imposée au Soissonnais comme une
évidence. « L'hôpital, ça veut dire porter un uniforme. Être debout et
les patients allongés. C'est une image qui ne me plaît pas, j'ai envie
d'apporter autre chose. J'ai donc saisi cette opportunité d'être invité
chez les gens pour les aider et les soigner alors qu'à l'hôpital, ils y
vont bien malgré eux. Cela apporte une autre dimension au métier. On
reçoit beaucoup plus de la part des patients ». L'homme n'est pas
solitaire pour autant. « Jamais je ne me suis senti seul » affirme
celui qui apprécie particulièrement de pouvoir reconstituer l'équipe
soignante à domicile, avec un médecin, un kiné ou encore un pharmacien.
« Mon métier d'infirmier libéral, je l'ai choisi, je l'aime et je n'en changerai pas pour un empire » affirme-t-il haut et fort.
***
Privé ou public
Infirmière depuis 12 ans, elle a débuté sa carrière à la
policlinique de Saint-Quentin avant de rejoindre le secteur public en
2001. Elle a donc toutes les cartes en main pour faire un comparatif.
Sécurité de l'emploi
Net avantage au public dans ce domaine.
Salaire
« Le grand atout du privé, même pour les débutants, c'est le
salaire. Le revers de la médaille, c'est qu'il n'augmente guère. Dans
le public, on est moins bien payé au départ mais il y a rapidement des
perspectives d'évolution de carrière ».
Ambiance
Les structures privées étant généralement plus petites, l'ambiance
y est « conviviale, chaleureuse. l'équipe médicale forme une famille.
Je n'ai pas retrouvé cet état d'esprit à l'hôpital. On est plus noyé
dans la masse ».
Au quotidien
Sur ce critère, notre infirmière donne le point à l'hôpital. Non
pas que son expérience à la policlinique n'ait pas été enrichissante, «
seulement, pour des questions légales, la policlinique ne pouvait pas
garder les nourrissons atteints de pathologies graves. L'enfant était
systématiquement transféré à l'hôpital. Là où je suis maintenant, je
vois des cas plus intéressants ».
Formation
Après l'obtention de son diplôme d'infirmière, elle a choisi de se
spécialiser en puériculture. Pour cela, elle a dû suivre une formation
dont le coût a été supporté, à l'époque, par la policlinique. « En
échange, j'étais lié par contrat avec eux : je devais rester pendant
deux ans minimum contre cinq ans à l'hôpital ».
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Où se former dans l’Aisne ?
L’Aisne compte cinq Instituts de formation en soins infirmiers
(Ifsi) qui proposent un cursus sur 37 mois et demi, répartis entre
enseignement théorique et stages, sanctionné par un Diplôme d’État.
Peuvent se présenter au concours les bacheliers ayant au minimum
17 ans au 1er janvier de l’année du concours ; les aides-soignants
justifiant de trois années d’expérience ; les professionnels
non-bacheliers ayant trois ans d’expérience dans le domaine paramédical
ou cinq ans dans un autre secteur. Dans ce cas, les postulants font
valider leurs acquis devant un jury spécial. Enfin, l’Ifsi s’adresse
aux personnes titulaires d’un diplôme d’infirmier étranger non-valide
en France pour exercer cette profession.
À Soissons, les cours sont suivis par 420 étudiants infirmiers,
auxiliaires de puériculture ou aides-soignants. À noter que cet
institut s’est doté en 2003 d’une antenne à Château-Thierry où 90
élèves suivent des cours.
À Saint-Quentin, on compte cette année 518 élèves infirmiers et 43 aides-soignants.
À Chauny, ils sont 185 à viser le diplôme d’infirmier et 38 celui d’aide-soignant.
À Laon, l’on recense 211 étudiants.
À Prémontré, 200 élèves suivent ces cours.
L'Union 19 octobre 2008
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