La Scientologie en guerre contre la psychiatrie
Polémique. Vous les avez peut-être croisé cette semaine à la sortie du
métro. Les militants de la "Commission des Citoyens pour les Droits de
l'Homme" ont posé des tables à pétitions dans la rue pour partir en
guerre contre la psychiatrie. Pour les militants de cette association,
en réalité proche de la Scientologie, les psychiatres sont engagés dans
"un complot international, avec l'industrie du médicament, pour forcer
les gens à avaler des médicaments qui provoquent un esprit criminel",
comme l'explique Jean-Paul Blanc, président de la CCDH sur Lyon… Ils
accusent aussi la psychiatrie d'une multitude d'abus et s'en prennent
violemment à certaines pratiques médicales, comme les électrochocs. Le
président du Groupement des Psychiatres Libéraux Rhône-Alpes, Max
Lafont, leur répond. Entretien.
LyonCapitale : Selon
la CCDH, les électrochocs constituent un danger pour le patient atteint
d'une maladie mentale, avec des conséquences irréversibles. Ont-ils
raison de dénoncer cette pratique ?
Max Lafont :
Il y a eu plusieurs phases dans l'histoire. Aujourd'hui, la communauté
des psychiatres a scerné que la sismothérapie (traitement par
électrochocs, NDLR) était efficace contre les troubles de l'humeur.
Ceux qui la pratiquent, utilisent l'anesthésie. Aussi, la décharge
électrique n'est plus utilisée sur les deux lobes du cerveau mais sur
un hémi-cerveau car les conséquenes pouvaient être des troubles du
cerveau, réversibles avec le temps. La pratique est efficace mais la
sismothérapie doit se faire avec des indications précises et une
surveillance sérieuse. J'ai une patiente qui était atteinte de troubles
de l'humeur et du sommeil. Je ne savais plus quel traitement lui
donner. Elle a demandé à aller en clinique et on lui a proposé deux
séries de plusieurs chocs. En sortant, je dois reconnaître qu'elle
allait très mal, j'étais inquiet... Mais après une période de deux à
trois mois, elle a totalement changé avec la disparition des symptômes.
Je ne peux pas faire une corrélation scientifique absolue entre le
passage en clinique et sa transformation mais il y a un lien. Comme
beaucoup de psychiatres, je reste humble et circonspect sur la
sismothérapie.
Concernant les antidépresseurs, selon
l'association, ceux-ci attaqueraient le cerveau entraînant la
dégénérescence des neurones, le transfert entre neurones ne se feraient
plus, à la manière d'une lobotomie chimique...
C'est
un raccourci très simpliste et faux... Déjà, il y a plusieurs sortes
d'antidépresseurs qui agissent sur la sérotonine et d'autres
neurotransmetteurs. Certaines recherches prouvent justement que les
antidépresseurs ont des effets neuroprotecteurs. Je prends l'exemple du
lithium qui n'est pas un antidépresseur mais qui agit également dans la
neuroprotection. A forte dose, le lithium est toxique, et son maniement
est complexe mais les recherches les plus récentes montrent que c'est
un probable neuroprotecteur qui sera certainement administré plus tard
dans les maladies dégénératives telle que la maladie d''Alzheimer.
D'après l'association, la psychiatrie guérirait seulement 1% des cas...
Là où je serais peut-être d'accord avec l'association, c'est qu'on est
en déficit de bonnes évaluations et de statistiques. Mais on est à un
pourcentage bien plus élevé que 1% ! On a des résultats et cela mérite
d'aller encore plus loin. La psychiatrie a encore beaucoup de progrès à
faire. On a une meilleure connaissance sur les troubles bipolaires qui
se guérissent plutôt bien. Les antidépresseurs et la neuroclinique,
comme avec le lithium, sont efficaces. La plupart du temps ça marche
mais il faut associer la chimiothérapie avec une psychothérapie plus ou
moins importante selon les troubles névrotiques. Il faut soigner dans
le soutien et la régularité pendant une longue période. Généralement,
on a affaire à des maladies à vie que l'on arrive tout de même à
stabiliser. Certains patient atteints de troubles viennent me voir une
à deux fois par an et sont "biens" depuis vingt ans.
Bastien Gouly, Lyon Capitale 25 juillet 2008
|