La drôle de grève des mandarins
Les praticiens hospitaliers les mieux payés de France
sont en grève administrative depuis deux mois pour protester contre la
hausse des redevances qu'ils doivent verser aux hôpitaux. Un mouvement
très polémique, vu les dépassements d'honoraires vertigineux pratiqués
par ces stars de la chirurgie.
Les plus riches d'entre entre eux engrangent entre 150.000 et 600.000
euros d'honoraires bruts par an. Depuis plus de trois mois, environ 500
médecins hospitaliers parmi les plus célèbres de France sont en grève
administrative pour défendre leur pouvoir d'achat. Ces spécialistes
protestent contre la hausse des redevances qu'ils doivent verser à
leurs établissements dans le cadre de leur activité privée.
Suite à un décret pris le 15 mai par le ministère de la Santé, ces
versements sont calculés non plus en fonction du tarif de la Sécu
(28euros la consultation), mais en pourcentage des sommes effectivement
facturées. Pour ces praticiens champions des dépassements d'honoraires
(ils facturent jusqu'à dix fois le tarif Sécu), la hausse peut
atteindre 1500%, dénonce le SNDELMH*, le petit syndicat qui a appelé à
la grève.
Seuls 12% des praticiens sont autorisés à pratiquer une activité
libérale en plus de leur travail pour l'hôpital public, soit 4500
praticiens. Parmi eux, seuls 39% pratiquent des dépassements
d'honoraires, qui ne sont que de 40% en moyenne. Les très hauts tarifs
ne sont donc pratiqués que par quelques centaines de personnes. C'est
justement parmi ces médecins les plus riches que se recrutent la
majorité des grévistes, essentiellement basés à Paris, Strasbourg, Lyon
et Marseille. "Ils ont trouvé une formule fabuleuse: faire perdre de l'argent aux hôpitaux en continuant d'en gagner pour eux-mêmes", ironise un cadre hospitalier.
Un manque à gagner de 58 millions d'euros
Les grévistes refusent en effet de coder les actes qu'ils réalisent
dans le public, ce qui empêche les hôpitaux d'être payés par la Sécu. A
l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le manque à gagner
s'élève à 58 millions d'euros.
Vue la rémunération des grévistes, la révolte est loin de faire
l'unanimité. Les quatre intersyndicats de médecins hospitaliers ont
désapprouvé cette action "pénalisante pour les établissements." La CGT a dénoncé pour sa part une grève "ultra corporatiste" visant à "défendre des avantages inadmissibles".
Pour le SNDELMH, l'activité privée est le seul moyen de retenir dans
les hôpitaux publics les médecins les plus talentueux et les plus
renommés. Tout le monde s'accorde à dire que ces stars du bistouri
doivent être bien payées. Mais cette activité libérale au sein du
public provoque des dérives. Les médecins sont obligés de ne pas
consacrer plus de 20% de leur temps au privé, et doivent accorder une
consultation dans le même délai à leurs patients publics et privés.
Mais ces règles ne sont pas toujours respectées. "Quand un médecin touche 50.000 euros d'honoraires par mois, il ne voit pas de patients du public tous les jours", déplore un cadre hospitalier.
Le gouvernement avait proposé un compromis début août en proposant de
baisser la redevance à 30% (au lieu de 40) pour les actes techniques,
et à 25% (au lieu de 30) pour les consultations. Une proposition
acceptée par les grands syndicats, mais rejetée par le SNDELMH. Depuis,
les négociations sont toujours au point mort.
* Syndicat national de défense de l'exercice libéral de la médecine à l'hôpital
Par Yann PHILIPPIN pour LeJDD.fr
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