La mobilisation autour des hôpitaux n'est plus l'apanage des petites villes
Si les contentieux entre l'Etat et les collectivités territoriales
autour de l'avenir des hôpitaux n'ont rien d'exceptionnel depuis la
création de la carte sanitaire, ils prennent néanmoins un tour nouveau
depuis quelques semaines. Après les fermetures des urgences de Lézignan
(Aude) et des maternités de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), Clamecy
(Nièvre) et Châtillon-sur-Seine (Côte d'Or), le conflit autour de la
chirurgie et de la maternité de Carhaix (Finistère) a pris un tour
inhabituel par l'ampleur, la répétition et la violence des
manifestations qu'il a suscitées. Relativement circonscrits lorsque les
hôpitaux locaux étaient les principaux sinon les seuls grands services
publics pourvoyeurs d'emplois concernés par les restructurations, les
conflits semblent s'être nettement durcis depuis que se sont rajoutés à
la liste des fermetures d'autres équipements emblématiques comme les
tribunaux ou les casernes.
Autre phénomène nouveau : la mobilisation ne se limite plus aux seuls
maires et conseillers généraux directement concernés. Le président du
conseil régional de Bretagne a ainsi écrit au Premier ministre, le 16
juin, pour demander la nomination d'un médiateur. Face à des rapports
de l'agence régionale de l'hospitalisation qui mettent en avant des
taux de décès anormalement élevés dans le service de chirurgie de
l'hôpital de Carhaix (14 décès pour 28 patients opérés du colon en
2006), Jean-Yves Le Drian a également décidé de financer une
contre-expertise, dont les conclusions devraient être remises à la fin
du mois de juin. Cette initiative régionale constitue une première dans
ce type de situation.
Les hôpitaux locaux sont d'ailleurs loin d'être les seuls impliqués
dans ces conflits. L'ensemble des élus de Brest - toutes tendances
confondues - se mobilisent ainsi pour s'opposer au transfert vers le
CHU de Rennes des activités d'allogreffes pédiatriques de moelle
osseuse du CHR de Brest (greffes de moelle d'une personne saine sur une
personne malade).
Même la situation des établissements les plus importants donne lieu à
une mobilisation des élus locaux. Le 13 juin, Gérard Collomb,
sénateur-maire de Lyon et président des Hospices Civils de Lyon (HCL),
a ainsi appelé à "une démarche commune" des présidents de CHU français
auprès du gouvernement, afin de faire face aux graves difficultés
financières des hôpitaux. Les HCL sont en effet confrontés à un déficit
prévisionnel pour 2008 de l'ordre de 112 millions d'euros (contre 36,5
millions en 2007) pour un budget total de 1,344 milliard d'euros, qui
risque de se traduire par des suppressions de postes (les HCL emploient
20.000 salariés) et compromet sérieusement son programme
d'investissement. La démarche proposée par le maire de Lyon - qui
dénonce les effets de la mise en place accélérée de la tarification à
l'activité (T2A) - a trouvé un relai auprès de l'Association des maires
des grandes villes de France (AMGVF), dont une délégation composée de
huit maires et présidents d'EPCI sera reçue le 24 juin par Roselyne
Bachelot. Il s'agira bien d'évoquer avec la ministre de la Santé,
indique l'AMGVF ce 19 juin, "la situation financière des CHU et CHR",
les élus attendant que le gouvernement "précise ce qu'il compte faire
pour assurer le court terme et préparer l'avenir". Le devenir du
rapport Larcher et le projet de loi "Santé, patients, territoires"
seront aussi au menu de l'entrevue.
Bien que l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ne présente
pas une situation aussi dégradée, grâce à un vigoureux plan de
redressement mené sous le contrôle de l'Etat, le président du conseil
d'administration - Jean-Marie Le Guen, adjoint au maire de Paris
représentant Bertrand Delanoë - n'en a pas moins voté contre le budget
2008. Celui-ci a néanmoins été adopté lors de la réunion du conseil
d'administration du 13 juin, pour un montant total de 6,2 milliards
d'euros et un déficit prévisionnel d'environ 10 millions d'euros
(0,16%).
Localtis 19 juin 2008
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