Nos quatre pistes pour réduire le trou de la Sécu
L'idée de dérembourser les médicaments pour les maladies de longue
durée a créé un tollé. Il y a d'autres moyens d'équilibrer les comptes.
Opération kamikaze ? Frédéric Van Roekeghem esquisse un sourire, mais
ne répond pas. Pourquoi diable le patron de la Sécu a-t-il proposé à
son conseil d'administration un plan d'économies de 3,2 milliards
d'euros, dont 250 millions rognés sur le remboursement des malades
chroniques, pour des patients dits en ALD (affection de longue durée) ?
La levée de boucliers a été telle que l'idée a été retirée. Ce 3
juillet, les administrateurs de l'Union nationale des caisses
d'assurance-maladie votent donc sur un patchwork de mesures de
rafistolage pour ramener les dépenses de santé dans les clous, mais
sans toucher aux malades au long cours. A la mi-juillet, la ministre
Roselyne Bachelot procédera aux derniers arbitrages.
L'idée d'un
moindre remboursement des médicaments dits «de confort» pour les 8
millions d'assurés en ALD a choqué beaucoup de monde. Des politiques,
dont le député UMP Jérôme Chartier. Des médecins, tel le généraliste
Christian Lehmann, qui explique : «Les traitements contre
le sida entraînent des diarrhées aiguës, ceux contre le cancer, des vomissements
graves. Dans ces cas, antidiarrhée ou antinausée sont indispensables !»
Dans
un pays où les dépenses de santé filent parce que la population
vieillit, que le progrès médical s'accélère, et que nous sommes accros
aux médicaments, comment résorber les 4 milliards d'euros de déficit de
l'assurance-maladie ? François Fillon s'est engagé auprès de Bruxelles
à la sortir du rouge en 2011.
Pour y arriver, Didier Tabuteau,
directeur de cabinet du socialiste Claude Evin, alors ministre de la
Santé, celui-là même qui avait rétabli le remboursement des ALD à 100%
en 1988, ne voit qu'un moyen : «Asseoir tous les acteurs de la santé
pendant quatre à six mois autour d'une table pour tout remettre à plat.» En attendant cet hypothétique «Grenelle» de la Sécu, Challenges
a exploré des pistes, plus ou moins lointaines, plus ou moins
controversées, qui permettraient largement de trouver les économies
nécessaires au retour à l'équilibre.
Augmenter les franchises médicales
3 milliards d'euros
Le 1er
janvier dernier, les franchises médicales ont été introduites : 50
centimes par boîte de médicament et par acte paramédical, 2 euros par
transport sanitaire, avec un maximum de 50 euros annuels par personne.
Cette contribution rapporte 850 millions d'euros par an. Pour arriver à
3 milliards, il faudrait appliquer un tarif de 2 euros par boîte de
médicament et acte paramédical, et de 8 euros pour les transports en
ambulance.
Bien qu'importantes et sûrement impopulaires, ces sommes
sont inférieures à ce qui se pratique chez nos voisins suédois ou
suisses. En Allemagne, le forfait est de 5 à 10 euros par boîte de
médicament, et de 10 euros par trimestre pour la consultation en
cabinet.
Le choix - très politique - d'accroître les franchises
pourrait s'accompagner de la mise en place d'un «bouclier sanitaire»,
entendez un plafonnement annuel des frais de santé à la charge des
assurés, éventuellement modulable en fonction des revenus.
Faire des économies sur les médicaments
4 milliards d'euros
Les
comparaisons européennes sont impitoyables. Nous consommons pilules et
comprimés comme des bonbons. Nos dépenses sont supérieures de 0,3 point
de PIB à celles de nos voisins, soit 6 milliards d'euros. Nous sommes
d'autant plus en tête du peloton que les laboratoires poussent à la
roue.
La Sécu a commencé à dépêcher des délégués auprès des blouses
blanches pour les inciter à la modération. Ancien cadre de l'industrie
pharmaceutique devenu consultant, François Pesty pense qu'on devrait
intensifier ces actions. Ses propres succès dans des caisses comme
celles de Carcassonne (avec une baisse de 25% des dépenses
d'antibiotiques) le poussent à estimer à 1 milliard par an les
économies possibles.
Autre idée, en s'inspirant de l'Allemagne, ne
rembourser chaque molécule que sur la base du prix du générique le
moins cher. Ce qui amène les patients à plébisciter les remèdes les
plus avantageux. Rien que sur les statines (les anticholestérol),
François Pesty table sur 250 millions d'euros par an de gains
possibles. Soit le montant des économies que la Sécu voulait faire sur
les malades en ALD ...
Mieux organiser l'hôpital
6 milliards d'euros
«Il y a un consensus chez les
experts : à qualité égale, les soins à l'hôpital sont globalement 15%plus chers
qu'en clinique»,
souligne Marc Guillaume, spécialiste de la santé au Cercle des
économistes. Le sujet est délicat. L'hôpital assure un rôle crucial en
matière d'urgences, y compris sociales, de recherche et d'enseignement.
Si son personnel est souvent dévoué, ses lourdeurs administratives et
ses rigidités entraînent beaucoup de déperdition. Selon une récente
étude, les prix que l'assurance-maladie paie pour des séjours
comparables sont en moyenne de 40% inférieurs en clinique. «Pourquoi ne pas imaginer des
délégations de service public au privé ?» demande Marc Guillaume. Quelques établissements de la Générale de santé ont ouvert un service d'urgence.
Créer des filières de soins
10
milliards d'euros
En
2005, il y a eu 2 milliards d'euros de dépassements d'honoraires,
essentiellement au profit des médecins spécialistes libéraux ou
hospitaliers... D'où la bataille des médecins généralistes pour une
réorganisation des soins en faveur d'une médecine de proximité, qui
serait moins chère.
Le syndicat Espace Généraliste a fait un petit calcul avec l'économiste Jean de Kervasdoué : «De 30 à
50% des lits d'hôpital sont occupés, à 750 euros par jour, par des personnes
âgées dépendantes, qui seraient mieux prises en charge dans des structures ad
hoc. Pour le tiers du prix.»
Syfuss-Arnaud Sabine, challenges 3 juillet 2008
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