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Oui, la santé coûte cher !

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Écrit par Les Echos   
28-10-2008

Le 29 juillet dernier, Eric Woerth, ministre du Budget, et Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, présentaient un plan de redressement de l'assurance-maladie. Si nos comptes sont exacts, il s'agissait du 24e plan en vingt-sept ans.

On pourrait sourire devant une telle intempérance, si celle-ci était parvenue à résoudre le problème du financement de l'assurance-maladie. Or, il n'en est rien. Tandis que l'essentiel de la dette demeure, transmise aux générations futures par l'intermédiaire de la Caisse d'amortissement de la dette sociale, le « trou » de la Sécurité sociale devrait tourner autour de 11 milliards d'euros cette année, dont 4 milliards pour l'assurance-maladie.

Grave, cette situation l'est en tout premier lieu pour ceux qui ont besoin de soins. Année après année, plan après plan, euro après euro... à coups de ticket modérateur, de forfaits, de franchises, de déremboursement de certains médicaments..., les patients sont contraints de mettre toujours davantage la main à la poche, pour être toujours moins bien remboursés.

De fait, ce sont essentiellement les malades qui, jusqu'à présent, ont supporté les vains efforts de maîtrise des dépenses de santé. La logique est bien connue. Si les comptes de l'assurance-maladie sont dans le rouge, c'est à cause des malades. Ce sont eux qui consomment trop de médicaments, de consultations médicales, de séjours hospitaliers... Forçons-les à limiter leur demande et le déficit disparaîtra ! Les « coupables » doivent payer.

Ainsi, la question n'est plus de soigner du mieux possible les Français, mais qu'ils coûtent le moins possible à la collectivité. Dangereuse et injuste, cette politique est également totalement inopérante.

Oui, la santé coûte cher ! On ne cesse de vouloir nous le faire déplorer, alors qu'il faudrait s'en réjouir : nous sommes mieux soignés qu'auparavant ! Nous vivons et demeurons productifs plus longtemps que jamais ! Alors, certes, la santé coûte des milliards, mais les bénéfices qu'en tirent chacun d'entre nous et la société tout entière vont bien au-delà de la seule question financière.

Et la santé va coûter de plus en plus cher en raison de l'augmentation de la population et de l'espérance de vie, et de l'arrivée de techniques médicales de plus en plus perfectionnées...

Face à cette inéluctable réalité, il faut maintenant choisir. Soit la politique actuelle qui consiste à faire supporter l'augmentation des dépenses de santé aux malades eux-mêmes est confirmée. Mais il faut assumer cette politique au lieu de continuer à débiter la protection sociale en fines tranches, au fil d'une « politique du salami » , jusqu'à ce qu'un jour il n'y ait plus de salami.

Soit on décide de maintenir l'intégrité de notre système de protection sociale. Mais il faut assumer l'augmentation prévisible de son coût.

L'Association française des diabétiques, la plus importante association de patients de France, est profondément attachée à la pérennisation de notre système de santé basé sur la solidarité et le partage. Nous pensons bien sûr qu'il convient de maîtriser les dépenses de santé, mais en suivant d'autres pistes, notamment celle de la réorganisation des soins.

Dans le même temps, face à un déficit structurel de l'assurance-maladie et sachant qu'aucune mesure d'économies n'y changera rien, la collectivité devrait en assurer le financement. Ainsi, nous sommes prêts à payer davantage pour notre santé. Mais en tant que citoyens, pas en tant que malades. Il s'agit d'être responsable et non pas coupable.

Ce financement est un véritable choix de société. Il mérite un large débat national. Or, au bout de 24 plans successifs, celui-ci n'a toujours pas eu lieu. Ce débat est pourtant d'autant plus indispensable qu'au-delà du « simple » financement c'est l'ensemble de notre système de santé qui demande réflexions, discussions et réformes.

Représentant 3 millions de diabétiques, nous appelons à passer d'une logique de politique de soins à une logique de politique de santé fondée notamment sur la prévention. Concernant le diabète, il est nécessaire de repenser sa prise en charge globale. Il faut que celle-ci soit précoce et pluridisciplinaire, qu'elle inclue l'éducation et l'accompagnement personnalisé des patients, qu'elle s'appuie sur l'établissement d'une véritable politique de prévention des complications et de coordination médicale.

Dans un Livre blanc publié avec plus d'une trentaine d'associations d'usagers du système de santé regroupées au sein du Collectif interassociatif sur la santé (CISS), nous réclamons de « changer de logiciel » afin de refonder notre pacte social de santé. Il s'agit de faire des propositions, que ce soit pour financer notre santé et la maintenir accessible, ou pour mieux l'organiser, garantir la qualité des soins, poursuivre la démocratie sanitaire, conforter les droits individuels des patients... Parlons-en, discutons-en collectivement, publiquement. L'avenir de la santé, notre avenir, est en jeu.

GÉRARD RAYMOND ET LE PROFESSEUR PATRICK VEXIAU sont respectivement président et secrétaire général de l'Association française des diabétiques (AFD).

Les Echos 28 octobre 2008  

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