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Au placard ma blouse blanche d’infirmière

Trop c’est trop ! Ras le bol ! Je raccroche définitivement ma blouse blanche après six ans et demi d’exercice et donne raison aux statistiques sur la brièveté de l’exercice infirmier. Vous vous demandez comment j’en suis arrivée là ? Je vais vous l’expliquer.

Retour sur une carrière inachevée Etudiante, j’avais effectué mon tout premier stage en psychogériatrie. Etre propulsée à vingt ans à peine dans pareil univers est un choc ! Cris et gémissements de tous côtés, odeur malsaine, équipe de soins démotivée à l’accueil glacial. L’autre côté de la vitrine… Pour tenir le coup durant mes études, j’appris très tôt à refouler mes émotions. Je me revois alors encaisser les visions qui soulèvent le cœur, exécuter des gestes invasifs et douloureux, accomplir une charge de travail insoupçonnable, affronter le jugement désobligeant de certaines aînées, avaler mes doutes, mes remises en question. Armée de courage et de volonté, je vins ainsi à bout des trois longues et éprouvantes années d’études. Il faut y être passé pour comprendre, mais j’espère que vous appréhendez les exigences physiques, psychologiques et intellectuelles que requiert l’obtention de notre diplôme. C’est pourquoi quand je constate au jour d’aujourd’hui que l’espoir d’être reconnue BAC +3 s’éloigne, je ressens une profonde injustice. Tous et toutes autant que nous sommes méritons cette reconnaissance. Vous en doutez ? Venez prendre notre place et constater la réalité du terrain qui nous entoure, vous qui nous dépréciez tant ! Venez vous lever à cinq heures du matin, veiller dix à douze heures la nuit pour assurer la continuité des soins. Venez sacrifier vos week-ends et jours fériés. Venez assurer une quantité de soins souvent débordante en personnel réduit. Venez subir l’agressivité croissante des patients et des familles face à un système défaillant. Venez gérer les situations d’urgence, être envahie du stress de commettre une erreur humaine, de l’angoisse d’une inoculation accidentelle. Venez endosser nos responsabilités, assurer la bonne organisation des examens, résoudre les incohérences, parer à l’imprévu, effectuer des tonnes de traçabilité. On en demande TROP à l’infirmière. Tout cela je l’ai vécu et revécu au fil de mes nombreuses expériences car j’ai navigué à travers toutes les spécialités médicales et chirurgicales par le biais de l’interim et de plusieurs postes fixes où je ne suis jamais restée plus de deux ans. Combien de fois ai-je quitté mon poste sans même avoir eu le temps d’uriner ou de prendre mon repas ? Combien de fois suis-je sortie “aplatie” par une quantité de soins au-delà du raisonnable ? Personnellement, j’estime qu’on se moque de nous avec un salaire qui frise le ridicule. De plus les tendances actuelles, comme la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) qui risquent de brader notre diplôme me déplaisent au plus haut point. Ma décision est prise. Je démissionne, me reconvertis dans le journalisme et m’en sens soulagée car je m’effrayais d’un avenir sans aucune perspective valorisante dans une profession hyper exigeante et ingrate.

Laurence BRUNSON, Infirmière La Ciotat

Article paru dans le n° 25 (juin 2007) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)

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