20080417228 | Infirmière et Tzeltal en territoire zapatiste | Actualités

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Infirmière et Tzeltal en territoire zapatiste

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Lorsque le mouvement zapatiste et son bras armé, l’EZLN, prennent les armes à la main les principales municipalités du Chiapas – San Cristobal de las Casas – Ocosingo – Altamirano – le Mexique et le monde apprennent l’existence d’un mouvement armé indien. 

Le « sub comandante » Marcos porte le bâton de commandement que lui ont transmis les “lideres1 ” indiens du CCRI. Il devient la voix de « los sin voz2 ». La voix Tzeltal, Tzotzil, Tojolabal, Choj, Zoque qui participent à cette insurrection pauvre en armes mais riche en idéaux… Pourtant le but énoncé n’est pas de prendre le pourvoir. Justice, démocratie, liberté flottent sur les bannières zapatistes.

A l’orée de la selva3 lacandona, dans les communautés de « las canadas », ils ont participé directement au soulèvement.

A Morelia, il y a eu des morts. A l’hôpital San Carlos de Altamirano, tenu de main de velours par les soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, il y eut des blessés zapatistes soignés clandestinement. En ce temps là, il ne faisait pas bon d’afficher sa solidarité avec les pauvres parmi les pauvres.

Le passe montagne et le foulard deviennent les symboles de « los sin rostros4 ». Il sont utiles aussi parce que les nuits sont fraîches dans la lacandona !

Aujourd’hui, Morelia est devenu, parmi d’autres, le siège d’un Caracol5 .  Un territoire zapatiste en rébellion ! Les armes ne parlent plus depuis longtemps. Pour rompre l’isolement politique, Marcos et les siens, font une grande tournée du Mexique avant les présidentielles. « L’autre campagne » pour dire qu’un « autre monde est possible »… infirmiere_mexicaine-9241396 A Altamirano, dans ce petit hôpital de 40 lits, reconstruit à neuf depuis un an, tout est fait pour prendre en charge une population dans son immense majorité indienne. La plupart sont Tzeltales comme les auxiliaires infirmières qui y travaillent. Des jeunes filles qui ont quitté leur village de l’intérieur pour d’abord travailler à l’entretien des locaux puis bénéficier, si l’on rentre dans le moule  (Il y a bien sur un enseignement religieux) de la formation en soins infirmiers dispensée par des sœurs elles mêmes infirmières.   Les meilleures iront à Mexico pour devenir infirmière diplômée (graduado). Toutefois, depuis peu, le diplôme n’est reconnu que dans les structures de la congrégation.

Une mesure de protection pour limiter la fuite vers de meilleurs salaires.

Cette étudiante infirmière en stage de Santé Publique témoigne : pour elle, il n’y pas de comparaison possible dans la prise en charge des patients et de leurs familles avec celle des hôpitaux publics mexicains et a fortiori avec notre univers occidental…
“Ici, il n’y a pas d’heure de visite, il y a du monde toute la journée. La nuit, un familier est autorisé à rester. Il dormira sur une couverture à même le sol. Les autres iront dormir dans la « posada6 » mise à disposition par l’hôpital en échange de son entretien”. En effet, la plupart des patients viennent de très loin, souvent plusieurs heures de routes, alors qu’il existe des hôpitaux publics beaucoup plus proches.

“Ils font le choix de venir ici.  On y parle leur langue, on y comprend leur culture et on les laisse avec leurs parents.”

Elle se souvient de Dona Tojibia,

« Elle venait de la selva lacandona
« muy lejos7 »,

Son fils promoteur des droits de l’homme l’a accompagné pendant tout le séjour.
Il lui a fait sa toilette du matin comme les autres familles. Il l’a accompagné aux toilettes chaque fois que nécessaire, lui ou sa sœur ». « Une prise en charge globale que nous avons perdu de vue depuis longtemps. Pourtant, elle est venue bien trop tard après être passée dans les mains de la médecine traditionnelle qui traite avec les esprits et soigne par les plantes médicinales. Cette tumeur est beaucoup trop avancée pour un quelconque traitement dans ce coin et pour une indienne pensez donc !

Elle a déjà perdu son œil et le mal ronge… Alors elle est repartie avec ses enfants, non sans avoir vêtu son habit de lumière traditionnel d’indienne de la selva Lacandona.”

Moment d’émotion…

Pour ceux qui restent, l’alimentation est abondante, souvent « frijoles8 con sopa de verdura9 , Tortillas10 » toujours. Les restes sont pour la famille en échange tacite de travaux d’entretien dans l’hôpital.

La durée moyenne de séjour est courte et même si elle est basée sur un système solidaire – chacun paie en fonction de ses ressources – cela coûte au reste de la famille qui doit dépenser pour subsister hors de sa communauté, tandis que les frijoles 8 murissent, la milpa11 donne ses elotes12 de maîs…
Et l’hôpital qui doit maintenir un équilibre financier dépendant des donations.  En médecine interne la Dra Bégonia, en collaboration avec les auxiliaires de soins qui assurent les traductions, prend le temps d’expliquer au patient et à sa famille. Elle connaît leur mode de vie. Elle travaillait déjà là en 1994. Elle sait que pour les indiens, l’espagnol est une seconde langue, les mots ne sont pas toujours bien compris. Il faut répéter… L’impression qui domine est l’humilité qu’il y a dans les relations avec les “blancs” à fortiori avec la “doctora”, sans doute 500 ans d’une histoire chargée de violence et de soumission… Mais chez elle, il y a beaucoup d’humanité. Les indiens le sentent…   Et tous les matins, tandis qu’à l’hôpital public situé a 500m, il n’y pas grand monde, a San Carlos de Altamirano la consultation externe regorge de patients indiens qui viennent de toute la région parce que dans cet endroit, ils sont respectés comme être humain. Ici, ce n’est pas rien !

Christian RAGGIOLI, Cadre Supérieur de Santé
Responsable de mission pour MDM

www.medecinsdumonde.org

Article paru dans le n° 24 (janvier 2007) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)

1 – Lideres : leaders

2 – Los sin voz : les sans voix

3 – Selva : jungle

4 – Sin rostros : sans visage

5 – Caracol : escargot

6 – Posada : pension (gratuite pour les familles)

7 Muy lejos : très loin

8 – Frijoles : haricot noir, aliment de base

9 – Sopa de verdura : soupe de verdure

10 – Tortillas : galette

11 – Milpa : lopin de terre pour cultiver le maïs, aliment de base

12 – Elote : maïs jeune

CCRI : Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène

EZLN : Armée Zapatiste de Libération Nationale

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