Coordination Nationale Infirmière – CNI infirmiere infirmier syndicat professionnel – 1988 – 2008 : la Coordination fête ses 20 ans

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périodes de coma où je n’appréciais pas leurs soins). Mais, entre-temps, que ce soit pour des accidents plus sérieux, des opérations inattendues, pour des jambes cassées, des bras, des têtes fendues, pour un accouchement, pour divers remue-ménages auxquels j’ai soumis mon pauvre corps depuis ma naissance, chaque fois, chaque fois j’ai retrouvé partout ce regard, cette compassion : que ce soit dans des cliniques de luxe ou des dispensaires de campagne, dans des hôpitaux de province ou dans des établissements spécialisés, il y a toujours eu quelqu’un pour se pencher sur moi, me rassurer, me réconforter et me consoler si besoin était. Toujours, je l’assure, toujours, et l’idée que cette bienveillance, cette attention (cet épuisement aussi, maintenant, parce qu’elles ne sont plus assez nombreuses), l’idée donc que ces femmes qui nous soutiennent, qui nous aident dans ces évènements capitaux, pendant lesquels tout ministre, tout chef d’état?, n’importe qui est à leur merci et ne peut même pas leur dire merci, l’idée que tout cela est oublié aussitôt passé, nié et rejeté, cette idée me dégoûte profondément. Ces femmes à qui on se confie soi-même, au pire moment de notre vie, et à qui l’on confie aussi les êtres que l’on aime le plus, ces femmes à qui l’on confie aussi les êtres que l’on aime le plus, ces femmes à qui l’on demande de nous aider à vivre et d’aider parfois d’autres à mourir, ceux que la vie abandonne, ceux que la vie nous prend. L’idée qu’on les paye mal, qu’on les exploite, me paraît épouvantable. D’abord, parce qu’on ne les paiera jamais assez pour commencer. Ce sera toujours « pas assez » ! Et pour qu’elles-mêmes en arrivent à le dire, c’est vraiment « rien ». Étrange époque… C’est une étrange époque quand même que la nôtre où ceux qui apprennent aux enfants à vivre, à découvrir la vie – les professeurs – et celles qui nous aident à y survivre et parfois à la quitter – les infirmières – sont oubliées et maltraitées.

Plus qu’étrange d’ailleurs, c’est révoltant.