20090116899 | Lettre ouverte à M. le Président de la République | Dernières News

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Lettre ouverte à M. le Président de la République

Monsieur le Président, Consciente de votre attachement à faire accepter et appliquer par les Français les réformes  que vous vous êtes engagés à mener pendant votre mandat présidentiel, la Coordination Nationale Infirmière tient à vous faire part de ses remerciements concernant le soutien aux professionnels soignants et en particulier à celui des infirmières au cours de votre discours du 9 janvier 2009 à Strasbourg. Mais nous tenons également, et c’est là le but de nos propos, à vous faire part de toutes les difficultés auxquelles notre profession est aujourd’hui confrontée.

Suite aux dramatiques accidents survenus en cette fin d’année 2008, et la mise en examen prolongée d’une de nos collègues, nous sommes en devoir pour notre profession, pour tous nos collègues de travail de vous interpeller sur « le mal être » infirmier ainsi que sur la gestion budgétaire actuelle de nos hôpitaux qui se traduit par des injonctions de retour à l’équilibre pour nos établissements alors que le principal poste de dépense concerne le personnel (70% du budget). Ce retour à l’équilibre ne peut se solder  que part des suppressions de poste, de non remplacement de départ en retraite, les emplois en CDD non renouvelés…

Les services de soins sont au bord de l’asphyxie. Pour pallier à ce manque de recrutement et de remplacement, les directions n’hésitent pas à fermer des lits, à réorganiser les temps de travail (travail en 12 h, coupé, heures supplémentaires qui accroissent le manque de vigilance et diminuent les temps de repos). Par manque de personnel, les agents sont dans l’impossibilité de participer à la formation continue qui a pourtant été rendue obligatoire par le législateur. Votre discours porte sur  les moyens financiers mis par l’Etat ces 10 dernières années dans les dépenses de l’assurance maladie. Ces moyens auraient augmenté de 50 % ! Mais cela n’est il pas dût à un accroissement normal des besoins de santé, aux nouvelles technologies, aux molécules onéreuses, à l’allongement de la durée de vie, au renouvellement du parc hospitalier ? De plus, l’hôpital public est lui aussi confronté à la hausse du coût de la vie et notamment en ce qui concerne le budget chauffage de nos établissements. Vous déclarez que l’organisation est la clé qui ouvrira la porte à plus d’efficience pour  l’hôpital public ! Permettez nous de penser et de souligner que depuis bien longtemps les infirmières sont organisées. Organisées dans leur temps de travail, organisées pour leurs familles quand elles travaillent les dimanches et jours fériés, les vacances scolaires…  Mais quand vous croulez sous le poids des tâches à accomplir, que vous n’avez plus le temps de prendre et de tenir une main que l’on vous tend ! Que vous n’avez plus l’impression du travail bien fait ! Qu’humainement vous êtes dans l’impossibilité de répondre aux demandes des patients ! Alors, nous disons stop ! Aujourd’hui, Monsieur le Président, la coupe est pleine. Si une réorganisation de l’hôpital public est nécessaire, elle doit se faire en concertation avec tous les acteurs, en s’adaptant aux nouvelles techniques sans mettre en péril la prise en soins par des coupes franches budgétaires qui ne prennent pas en compte notre quotidien hospitalier. Sans ouvrir de polémique sur les accidents gravissimes qui ont été médiatisés au cours des fêtes de fin d’année, nous vous demandons de veiller à ce que toute la lumière soit faite et que la chaîne de responsabilités soit établie. Conscients que le risque zéro n’existe pas, nous demandons néanmoins à ce que des mesures soient prises afin de prévenir et de tendre vers une sécurité maximale notamment en ce qui concerne le circuit du médicament et l’étiquetage. Dans ce domaine, notre syndicat professionnel infirmier force de propositions, demande à être entendu par notre ministre de tutelle Mme Bachelot. Face aux dysfonctionnements croissants et généralisés à tous les hôpitaux, nous ne pouvons pas cautionner des conditions de travail qui mettent en jeu la sérénité et la sécurité de notre travail, de nos patients et de notre propre personne. Nous ne pouvons accepter cela.

Aussi, par cette lettre et par la voix de milliers d’infirmiers nous vous demandons aujourd’hui Monsieur le Président, de prendre les mesures indispensables pour enrayer cette dégradation des conditions de travail dans le système hospitalier.
Il est impératif d’assouplir l’étau budgétaire de nos hôpitaux.

Il est indispensable d’appliquer des mesures que notre organisation syndicale revendique depuis plus de vingt ans en faveur de la profession infirmière :

  • Une amélioration de nos conditions de travail et d’études en prenant compte notre demande d’intégration de nos études au système LMD avec la création d’une discipline en sciences infirmières
  • Une adéquation entre les effectifs soignants et la charge de travail réelle
  • Une reconnaissance de notre travail, de nos compétences par une augmentation salariale correspondant à nos responsabilités et à notre niveau d’études.
  • Une sensibilisation des différents partenaires médico sociaux avec une véritable prise en compte de la parole infirmière (pharmacie, ergonomie…).
  • Un accès à la formation continue, clé de voute de soins efficaces et sécurisés.
  • Une spécialisation en psychiatrie (Master).

La réforme portée par Madame Bachelot au travers de la Loi Hôpital Patients Santé Territoire va être présentée dans les prochains mois au parlement. Le renforcement des pouvoirs d’autonomie et de décision du directeur d’établissement, création des ARS,  les nouvelles formes de coopération entre professionnels de santé ne peuvent servir de pansement sur un système déjà à la dérive.

Monsieur le Président, nous vous demandons de prendre en compte le malaise grandissant de l’hôpital public et de ses personnels. Nous vous demandons de reconsidérer « le chantier en cours » et de porter des choix politiques pour une santé à la hauteur de notre XXIe siècle

« Comme toujours en France, on ne regarde pas ce qui se passe dans le moteur, on dit qu’il faut plus ! »  Et bien aujourd’hui Monsieur le Président, le moteur des hôpitaux français est bien malade et si vous n’entendez pas la souffrance exprimée par chacun de ses rouages, nous craignons vivement que le traitement annoncé ne soit qu’un palliatif à l’effet bien peu antalgique ! Dans l’attente de votre réponse, avec nos respectueux hommages, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.

Nathalie Depoire, Présidente CNI

 

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