Augmentation salariale infirmiere. Reclassement des infirmières de la FPH

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Écrit par Nathalie Depoire
26-04-2011
En ma qualité de présidente d’un syndicat professionnel infirmier, je vous interpelle aujourd’hui au nom de ceux qui désertent l’hôpital ou la profession mais aussi et surtout au nom de ceux qui restent et souffrent de ne pouvoir exercer notre belle profession comme ils le devraient.
Depuis de nombreuses années, les infirmiers et infirmières attendaient la reconnaissance de leur niveau d’études. En 2007, vous vous êtes engagé auprès de celles que vous aviez qualifiées « d’héroïnes du quotidien » pour la mise en place d’une Licence Infirmière et la revalorisation induite. En 2009, un nouveau référentiel de formation initiale a été mis en place, reconnu par l’Enseignement Supérieur, il permettra dès 2012 l’attribution d’un grade de Licence. Un premier pas vers l’Universitarisation de la filière infirmière, une réponse partielle aux accords de Bologne. En 2010, Mme Roselyne Bachelot, alors Ministre de la Santé annonce une augmentation salariale de 2000 € annuels pour les professionnels infirmiers. On aurait pu croire alors l’engagement tenu mais dans les faits, il n’en est rien ! Le reclassement des infirmiers de la Fonction Publique Hospitalière s’est accompagné d’un droit d’option. Il a été proposé aux infirmiers de choisir entre la catégorie B qui conserve une certaine reconnaissance de la pénibilité ou un passage en catégorie A qui assure une hausse de salaire mais nie toute notion de pénibilité. Dans les faits, il s’agit d’une grille A spécifique à la filière infirmière qui ne correspond pas au A type FPH niveau d’entrée Licence. Selon l’avancement dans la carrière la revalorisation immédiate peut être de quatre points soit moins de 20 € bruts mensuels (bien loin des très médiatiques 2000 € annuels). Aujourd’hui, le A que l’on nous a promis et « vendu » est celui de l’abandon. Il ne s’agit pas d’une formule syndicalement et politiquement correcte mais bien d’une réalité qui prend toute sa dimension dans nos nouvelles grilles salariales. Pour certaines infirmières, l’augmentation des cotisations retraite sera très nettement supérieure à la revalorisation salariale. La petite augmentation se fera en trois temps : 2010, 2012 et 2015 et placera à terme le salaire de début de carrière à 1616 € brut mensuel avec un niveau Licence… Quel sera en 2015, le montant du SMIC ? En 1986, un infirmier de la FPH avait un salaire 20% supérieur au SMIC ? Actuellement et après le gel du point d’indice, c’est le SMIC qui rattrape le SMI (salaire minimum infirmier). Peut-on encore parler de reconnaissance des compétences ?

Aux mensonges se sont ajoutées les conditions du choix : le droit d’option a été imposé aux infirmiers et infirmières entre le 1er octobre 2010 et le 31 mars 2011. Or, la Loi du 9 novembre 2011 portant réforme des retraites est venue changer la donne. Le simulateur de calcul de retraite de la CNRACL a été mis à jour le 17 février 2011 laissant à peine un mois et demi aux infirmiers et infirmières pour prendre connaissance d’une partie des éléments du choix… et 45 jours aux DRH pour répondre à quelques milliers d’infirmières ! Autant dire que la mission était impossible révélant au passage le peu de considération envers la profession.

Mais le plus méprisant se situe dans un autre registre. Si l’infirmier ou l’infirmière optait pour la catégorie A et donc pour une discrète hausse de salaire, il faisait alors le choix d’un classement en catégorie sédentaire. Son ouverture de droit à la retraite ne s’opère plus alors à 55 ou 57 ans mais à 60 ans et 62 ans pour les infirmiers qui entrent en FPH depuis décembre 2010. Le reclassement n’a pourtant en rien modifié nos contraintes professionnelles. La pénibilité professionnelle s’achète-t-elle, Monsieur le Président ? Lors de la présentation de la réforme, le Ministère de la Santé pronostiquait le passage de 2/3 des infirmiers et infirmières en catégorie A… Il semble cependant que plus de 50% des infirmiers aient fait le choix de rester en catégorie B bien que le Ministère de la Santé tarde à communiquer sur le sujet. Cette tendance est toutefois confirmée par la FHF.

Il est donc fondé de s’interroger sur le renouvellement des effectifs dans nos hôpitaux.

A cette problématique vient s’ajouter l’impact de la suppression de la possibilité pour les parents de trois enfants justifiant de 15 années de service. En effet, la non-anticipation et la fermeture brutale de ce dispositif au 1er juillet 2011 a considérablement accentué le manque d’infirmières et d’infirmiers dans nos établissements. Nombre de directions s’interroge aujourd’hui pour maintenir un accueil sécurisé dès cet été, certains sont d’ores et déjà contraints à fermer des lits. Pourtant, l’afflux de patients n’est pas à la baisse… comment ferons-nous pour la période estivale ? Vous l’aurez compris, Monsieur le Président, la situation est grave et exige une réponse rapide et surtout adaptée. Un plan d’urgence est nécessaire pour financer les heures supplémentaires et les intérimaires pour cet été afin de répondre aux besoins. Nos établissements de Santé n’ont plus les moyens ni humains, ni financiers.

A plus long terme, il est impératif de redonner une certaine attractivité par une reconnaissance de nos conditions d’exercice et de notre pénibilité professionnelle (bonification au 1/5ème) ainsi qu’une reconnaissance salariale de nos compétences et de nos responsabilités.

Il est également nécessaire de faciliter l’accès à la formation. En effet, malgré l’attribution d’un grade de Licence, les étudiants en Soins Infirmiers ne bénéficient pas des droits correspondant à un niveau d’études supérieures (bourses…). Les budgets permettant la prise en charge des aides-soignants en promotion professionnelle sont insuffisants alors que beaucoup d’agents réussissent au concours mais ne peuvent suivre la formation faute de financement… un comble face à la pénurie infirmière qui s’installe ! Voilà, Monsieur le Président, quelques éléments pour traduire le malaise des infirmiers et infirmières de la FPH. Il y aurait bien sûr encore beaucoup à dire, également pour les autres secteurs d’activité mais il y a urgence à réagir avant l’été pour les établissements publics de santé.

En vous remerciant de votre attention et en souhaitant vivement que vous entendrez le cri d’alarme d’une profession en souffrance tant pour elle que pour les patients que nous nous devons de prendre en charge au quotidien.

Nathalie Depoire Présidente de la CNI Coordination Nationale Infirmière

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Dernière mise à jour : ( 28-04-2011 )