Despotisme médical à l’hôpital. Charte patient prise en charge des patients

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Écrit par Laurent FAIVRE
21-03-2012
Chut… Hôpital, silence ?

2011, le temps de l’infirmière « à cornettes » n’est plus d’actualité, le temps du despotisme médical n’a plus lieu d’être et l’essence même de notre travail réside dans le respect de nos patients et des bonnes pratiques qui sont les garants d’une qualité des soins.

Le respect mutuel est considéré comme le fondement de la paix sociale. Être respecté est un signe de citoyenneté, mais comme vous allez le découvrir dans ce récit, ce n’est pas toujours le cas… Toute règle transgressée en matière de respect  envers un patient ou un professionnel doit être  analysée et de mon point de vue, il n’y a pas de hiérarchie. L’infirmier est à même de dénoncer un dysfonctionnement qui va à l’encontre de la Charte Patient. Je vais vous relater un exemple très concret d’une difficulté avec un chirurgien qui a eu le mérite de ne pas rester sous silence. Une nuit dans un service de réanimation de province, l’équipe a réalisé l’entrée d’un patient présentant une plaie très délabrée, atteint d’un crush syndrome avec rhabdomyolyse sévère pouvant mettre en jeu son pronostic vital. Le jeune médecin réanimateur réalisant la garde décide d’alerter le chirurgien d’astreinte cette nuit là afin d’obtenir un avis. Celui-ci  se déplace dans l’heure. Le patient est encore conscient et non intubé. Au vu de son état, le chirurgien prend une décision médicale que nous ne mettrons pas en cause dans ce récit, néanmoins la communication qu’il a eue, tant avec le personnel de réanimation que le patient, a été pour le moins odieuse. Cette situation a heurté profondément l’équipe à tel point qu’une jeune infirmière s’est permise de lui dire que son comportement allait à l’encontre de sa fonction et surtout de la Charte Patient. Le paroxysme de sa prise en charge a été quand le chirurgien a dit ouvertement, devant le patient conscient, qu’il ne le prendrait pas au bloc car il allait « crever » ! Cette phase d’urgence passée où tout a été mis en œuvre pour soulager le patient par l’équipe de réanimation, (intubation,  sédation, hémofiltration et mise en place des thérapeutiques nécessaires à la stabilisation de son état), le temps du débriefing en équipe paramédicale est venu et la question qui se posait dans tous les esprits était la suivante : Allions-nous garder cela sous silence ? Les agissements connus de ce chirurgien n’ont jamais été dénoncés par ces pairs. La peur du chirurgien, à l’humeur versatile, est-elle un frein à l’affronter par voie officielle ? Garder sous silence cet état de fait correspondait à cautionner ce comportement moyenâgeux, d’autant plus que la cellule qualité a mis en place des outils intéressants au sein du centre hospitalier et que la cellule éthique dans le cadre de la certification V1 et V2 a réalisé un travail important pour améliorer la prise en charge de nos patients. La réelle question a été la suivante : faut-il se positionner face à ce chirurgien de manière individuelle ou collective ? Il est vrai que toute démarche nécessite du temps, génère du stress et peut dans certains cas se retourner contre ceux qui dénoncent ces agissements, mais il était impensable de laisser cette communication sous silence. Le patient aurait pu être un de nos enfants ou parents ! Après décision unanime des personnels présents, un courrier a été rédigé et signé par l’encadrement en expliquant  les faits sans aucun jugement de valeur. Il a été envoyé à la cellule éthique, à la cellule qualité et au chef de pôle. Soyons responsables et arrêtons d’être pris pour des « petites mains » qui doivent rester bouche fermée devant ces propos qui nous dégouttent. Chaque professionnel présent cette nuit là a eu la satisfaction d’avoir fait ce qui lui paraissait le mieux  dans le  respect de la Charte Patient, même si la prochaine collaboration avec ce chirurgien allait certainement poser problème. La moralité de cette démarche est que le chirurgien en cause a été reçu par ses pairs et par la cellule qualité et a rédigé un courrier où il s’excuse platement. Même si le patient n’a pas pu lire ce courrier, nous espérons que ce positionnement infirmier pourra faire évoluer la prise en charge relationnelle de ce médecin et qu’une réflexion se poursuivra de manière à bannir ce despotisme d’une autre ère.

Laurent FAIVRE Infirmier, réanimation polyvalent

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Dernière mise à jour : ( 30-03-2012 )