Pansement moderne : hydrocellulaire argent charbon hydrocolloide alginate hydrogel hydrocellulaire

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Les pansements
Techniques d’application, quel pansement pour quelle plaie ?

Depuis quelques années, on note un développement important de plusieurs et divers types de pansements, témoignant de l’évolution considérable dans le domaine des plaies et de leur cicatrisation. Certains soignants peuvent être perdus face à la multitude des produits actuellement proposés par les fabricants. Il faut savoir choisir le bon pansement en fonction du stade de cicatrisation de la plaie et ne pas oublier, ni minimiser le traitement étiologique. Cela induit pour les infirmiers d’avoir de solides connaissances de bases en Plaies et Cicatrisations. Cependant, nous devons dès à présent connaître l’ensemble de tous les produits, sans ignorer leurs principes d’actions, leurs indications et contre-indications et maîtriser les opérations d’application. 

Conduite à tenir pratique devant une plaie ? L’examen clinique de la plaie (siège, nombre, aspect, bords, couleur, taille) et du tégument périlésionnel permettra, avec l’aide éventuelle d’examens complémentaires, d’en effectuer le diagnostic étiologique et de traiter ainsi la cause. Tout traitement d’un trouble trophique, uniquement par des pansements modernes, au mépris de son étiologie, se soldera par un échec. L’exemple le plus fréquent est le traitement d’un ulcère veineux par pansements sans contention correcte associée…

1) Chronologie d’un soin d’ulcère de jambe :

• Laver, rincer et sécher à l’aide d’un gant de toilette, de savon de Marseille et d’eau du robinet. Cela permet d’assurer les soins d’hygiène et de confort, d’éliminer les germes de surface, les résidus de pommade, les débris organiques, afin de lutter contre les infections et les eczémas, • Anesthésie locale : si besoin, crème EMLA (30’ avant, 8 soins), • Détersion mécanique de la plaie : à la curette ou au bistouri, pour éliminer la fibrine et ou la nécrose, • Nettoyer au sérum physiologique, • Application des pansements, • Mettre en place la contention éventuelle. 2) Que penser des antiseptiques et des antibiotiques locaux ? Ils sont à éviter. Leur intérêt n’est pas prouvé sur peau lésée. Ils semblent retarder l’épidermisation par action toxique sur les kératinocytes et les fibroblastes et ils sont responsables de sensibilisation de contact. Par ailleurs, les antibiotiques risquent de provoquer des résistances.


3) Traitement des berges et de la peau péri ulcéreuse :

• Si peau sèche (dermite lamelleuse) : Cold cream, cérat de Galien…, • Si eczéma : fluorescéine à 2 % ou solution de nitrate d’argent, dermocorticoïde de classe II à diminuer progressivement, • Berges macérées : pâtes à l’oxyde de zinc, • Berges hyperkératosiques : découper l’hyperkératose au bistouri et cold cream à l’urée 10 à 30 % ou vaseline salicylée 10 à 30 %.

Les pansements modernes

Objectifs :

• Maintenir l’exsudat in situ → milieu riche en cellules, bactéries, enzymes et autres facteurs participant à la cicatrisation. • Créer un milieu humide et une température stable proche de 37°C → conditions physiologiques idéales. • Diminuer localement la pression partielle d’oxygène (si occlusion) → stimulation de l’angiogenèse. Aujourd’hui nous comptons les familles suivantes :

• les tulles imprégnés et les interfaces

• les hydrocolloïdes

• les hydrogels

• les hydrocellulaires

• les alginates

• les pansements à l’argent

• les pansements au charbon

• les hydrofibres

Pour chacune des familles nous vous proposons un tableau résumé évoquant :

• description

• intérêt

• technique d’application, le rythme de réfection

leurs indications

leurs contre-indications

précautions d’emploi

Les Tulles et Interfaces  Hydrocolloïdes
• Tulles ou tricots synthétiques imprégnés de substance grasse ou inerte, à mailles larges pour tulles et plus étroites pour interfaces. • Évite l’adhérence du pst IIaire à la plaie. • Appliquer en 2 couches pour les tulles et 1 pour interfaces. Changement : 2 à 7j. Plaies en voie de bourgeonnement et/ou épidermisation, peu exsudatives (brûlures, abrasion, greffe de peau).

Noms commerciaux :
Atrauman – Hydrotul (Hartmann)
Jelonet (Smith & Nephew)
Physiotulle (Coloplast)

Pansement ± mince et transparent, constitué d’une matrice hydrophobe contenant des particules hydrophiles (CMC) et recouverte d’une couche occlusive (film ou mousse de polyuréthane). • Occlusif, adhésif – absorbant (+)     les particules hydrophiles se liquéfient en absorbant l’exsudat et forment un gel qui tapisse le fond de la plaie → n’arrache pas. • Poser la plaque d’HC sur la plaie en débordant de 2 à 3 cm. Changement à saturation : quand il se bombe ou devient translucide (de 1 à 7j).

Plaies faiblement à modérément
exsudatives.

Si insuffisance vasculaire

Plaie infectée / brûlure 3° / mycose. Noms commerciaux : Comfeel (Coloplast) Hydrocoll (Hartmann)

Hydrocellulaires Hydrogels

Composées de 3 couches (couche interne de transfert, adhérente ou non, une couche très absorbante de polyuréthane, une couche externe semi-perméable). Maintiennent un milieu humide mais sont absorbants, aucune activité de détersion. Existent en forme non adhésive. • Occlusif, adhésif ou non – absorbant (++) gonfle au contact de l’exsudat → effet coussin, anti-pression. • Appliquer sur la plaie en débordant de 2 à 3 cm, +/- pansement secondaire. Changement à saturation : tous les 2 à 7 j. Plaie exsudative, plaie à berges irritées (forme non adhésive). Plaie infectée, sèche.

Noms commerciaux :

Allevyn (Smith & Nephew)
Biatain (Coloplast) PermaFoam (Hartmann)

Gels contenant plus de 80 % d’eau, ils assurent donc l’hydratation des plaies sèches et favorisent la détersion. • Hydrate la plaie sèche peu exsudative, ramollie nécrose et fibrine, sans attaquer la peau saine – non occlusif, non adhésif. • Appliquer le gel en couche épaisse sur la plaie et couvrir d’un pansement secondaire (tulle neutre, plaque mince d’hydrocolloïde ou film de polyuréthane). Changement toutes les 48 h. Plaies sèches, fibrineuses et/ou nécrotiques. Plaie infectée / plaie très exsudative.

Noms commerciaux :
Hydrosorb(Hartmann)
Intrasite gel Applipack (Smith & Nephew)
Purilon gel (Coloplast)

Hydrocellulaire Ibuprofène Alginates

Mousse alvéolaire (non-adhésif ou micro-adhérent) à libération prolongée d’Ibuprofène destiné à soulager la douleur des plaies chroniques causée par la destruction tissulaire et la douleur aiguë liée au changement de pansement grâce à la libération prolongée d’ibuprofène directement dans la plaie. • Capacité d’absorption et de rétention élevée. • Changement à saturation 4 à 7 jours. Plaies exsudatives telles que les ulcères de jambe, les ulcères du pied diabétique, les escarres, les sites donneurs de greffes, les brûlures du second degré peu étendues, les plaies post-opératoires et les dermabrasions.

Plaie infectée, sèche.

Noms commerciaux :

Biatain Ibu (Coloplast)

Pansement sec ou mèches, constitué de fibres non tissées de polysaccharides naturels extraits d’algues brunes, se présentant sous forme de sels de calcium (Ca2+). • Absorption +++, hémostatique, contrôle de la contamination microbienne. • Poser la compresse d’alginate sur la plaie en dépassant les berges. Humidifier au sérum physiologique si plaie peu exsudative. Recouvrir d’un pansement secondaire.

Plaie exsudative +/- infectée hémorragique, tunnelisation.

Noms commerciaux :
Algisite (Smith & Nephew)
Seasorb Soft (Coloplast)
Sorbalgon (Hartmann)

Pansements avec argent Pansements au charbon

Sulfadiazine argentique Pansement + sulfadiazine argentique = agent anti-bactérien • Interface + Sulf.Ag • Acide hyaluronique + Sulf.Ag • Ions argent Pansement associé à des ions argent • Hydrofibre + Ag • Hydrocellulaire + Ag • Pansement au charbon + Ag • Alginate + Ag Traitement des plaies infectées.

Noms commerciaux :
Acticoat (Smith & Nephew)
Altreet – Biatain Ag (Coloplast)

• Tricots de charbon, associés ou non à l’ion Ag. • Le charbon absorbe l’exsudat et les bactéries et neutralise les odeurs nauséabondes. • Appliquer le pansement en débordant de 2 à 3 cm, +/- humidifié. A changer /j si plaie infectée. Appliquer le pansement en débordant de 2 à 3 cm, +/- humidifié. A changer /j si plaie infectée.

Plaie peu exsudative.

Noms commerciaux :
Carbonet (Smith & Nephew)

Hydrofibres

Fibres non tissées d’hydrocolloïde pur. • Non occlusif, non adhésif – absorbant (+++) – absorbe l’humidité de la plaie par capillarité → formation d’un gel retenant l’exsudat et les bactéries (action bactériostatique) – absorption verticale, donc pas de macération. • Appliquer le pansement SANS humidifier, recouvrir d’un pansement secondaire. Changement 24 à 48 h.

Plaie très exsudative.

Même contre-indication que les hydrocolloïdes.

Article paru dans le n° 28 (juin 2008) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)