Infirmière infirmier stomathérapeute. Les patients stomisés ont besoin de vous

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Stomathérapeutes : les patients stomisés ont besoin de vous, faites-vous connaître !

Les stomisés ont besoin d’encore plus d’égards et d’attention que les autres patients. La stomie est un véritable traumatisme physique et psychologique qui implique un profond bouleversement dans leur vie. Ce n’est pas parce qu’il s’agit de recueillir des selles ou des urines qu’il faut banaliser ces soins.
Les soins aux stomisés sont sur prescription médicale, ce qui implique qu’un médecin doit pouvoir déterminer le matériel nécessaire, en quantité et en qualité selon le type de stomie, d’effluents, l’état cutané, la morphologie abdominale du patient et sa dextérité pour manipuler ces appareillages et faire ses auto-soins.

Pour une prise en charge optimale du stomisé, le médecin devrait donc regarder la stomie, déterminer les éventuelles difficultés d’appareillages, connaître les différents modèles et leurs références, être au courant des règles de bonne pratique en matière de stomathérapie.lll Ensuite il est nécessaire que le patient stomisé apprenne ses auto-soins, et là il appartient aux infirmiers de mettre en œuvre un programme d’éducation thérapeutique c’est-à-dire un transfert de connaissances et de compétences sur les soins de stomie. Le patient stomisé peut tout au long de sa vie de stomisé présenter des complications sur la muqueuse, avoir des fuites et des problèmes cutanés, subir des modifications morphologiques rendant l’appareillage inadapté, avoir une diminution de sa dextérité manuelle, etc.  Des soins adaptés devront être à nouveau mis en œuvre. Le médecin est la première personne qui recueillera les revendications du patient. Mais va-t-il comprendre la demande et regarder la stomie pour déterminer les problèmes ? Il faut admettre que ce temps accordé va peut être déborder sur le temps imparti à chaque patient, si le médecin retire la poche de stomie, il y a des risques de débordements de la stomie, et des odeurs qui pourront incommoder le patient suivant. Et encore faut-il que le patient vienne avec son appareillage de rechange car je doute que le médecin puisse en avoir.


Mais alors si dans la réalité, tout se passe ainsi, à quoi servent les stomathérapeutes ?

Un stomathérapeute est un infirmier ayant une expérience de travail de plusieurs années dans un service de chirurgie digestive ou urinaire ou un service de gastro-entérologie. Il a acquis une compétence supplémentaire sur les soins aux stomisés, sur la prise en charge de l’incontinence urinaire et/ou fécale et dans les soins aux mastectomisés, grâce à une formation de 45 jours étalée en 3 modules et validée par un certificat clinique de stomathérapie. Et pourtant… voici quelques exemples bien révélateurs.

Cas de MR H :

Homme de 60 ans à l’époque de son intervention, opéré en 1982 dans un grand hôpital parisien et porteur depuis d’une urétérostomie type Bricker ; il consulte en 1996 en chirurgie digestive pour un autre problème. L’infirmière de consultation consternée découvre un patient sans appareillage et appelle la stomathérapeute. Ce patient n’avait jamais eu de prescriptions de poche de recueil ; depuis 1982, il mettait des pansements absorbants pour recueillir ses urines et ne sortait pratiquement plus de chez lui ; il était pourtant suivi par un généraliste mais celui-ci n’avait jamais regardé la stomie et se contentait de lui demander si tout allait bien ! Que dire de sa qualité de vie pendant 14 ans ?

Cas de Mme M. :

Femme de 80 ans, porteuse d’une colostomie gauche depuis janvier 2006, éduquée, porte un appareillage une pièce fermée pour ne pas compliquer le soin. Elle rencontre son médecin traitant, lui parle de sa stomie (elle en a assez de changer sa poche chaque jour). Il lui prescrit, un appareillage deux pièces qui lui permettra de changer sa poche tous les jours en laissant le support 3 à 4 jours. Quelques jours après sa fille téléphone à la stomathérapeute qui l’a éduquée, le nouvel appareillage ne tient pas. La poche prescrite était une poche d’urostomie et le support n’avait pas été prescrit.

Cas de M. L. :

Patient porteur d’une trachéostomie et d’une gastrostomie d’alimentation. Il a eu quelques fuites de liquide digestif entraînant une peau péristomiale lésée. Il suffisait d’utiliser les justes produits permettant de cicatriser ses lésions. Il m’écrit … « Je tenais à vous remercier. Si j’avais continué de suivre la prescription du Dr… j’allais droit dans le mur en gobant de la morphine. J’aurais dû venir vous visiter il y a 5 mois, je n’aurais pas eu à galérer comme je l’ai fait, enfin, le bilan est globalement positif et j’en suis ravi »….

Cas de M. P. :

Homme de 74 ans, porteur d’une urétérostomie de type Bricker écrit : « Pour ma stomie, mon médecin traitant (dont vous devez attendre une prescription pour exécuter les soins de stomie) se contente de toucher ma poche du bout des doigts pour découvrir, satisfait, que l’urine est claire » (Molière, au secours…..)

Cas de M.G. :

Homme de 50 ans porteur d’une colostomie gauche définitive difficile à appareiller et d’un KT sus-pubien au long cours. Il est souvent nécessaire d’imaginer des petits moyens pour permettre au patient d’être appareillé correctement, c’est-à-dire au minimum d’être étanche et confortable. Et quelques jours après avoir fait le soin, j’ai reçu cette carte postale de ce patient avec cette citation d’Albert Einstein : « L’imagination est plus importante que le savoir ».


Ces quelques cas illustrent bien le manque d’information aussi bien sur les soins aux stomisés que sur l’existence des stomathérapeutes : que d’économies de matériel et donc d’argent pour la Sécurité Sociale auraient pu être faites si ces patients avaient bénéficié d’emblée d’une prise en charge correcte et surtout que de souffrances physiques et psychologiques auraient pu leur être épargnées !!!

Geneviève Langlois, Infirmière stomathérapeute Groupe hospitalier Bichat Claude Bernard – Paris Danièle Chaumier, Infirmière stomathérapeute

Hôpital Tenon – Paris

Article paru dans le n° 24 (janvier 2007) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)